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André Prosper Davesne

 Biographie de André Prosper Davesne
 Ligimité politique et socio-culturelle des langues nationales
Biographie de André Prosper Davesne 

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André Prosper Davesne, né à Château-Chinon (Nièvre) le 1er janvier 1898 - décédé à Périgueux (Dordogne) le 6 août 1978, était un écrivain et enseignant français.

Il est né sur la Place Notre-Dame à Château-Chinon. Son père, Paul Ernest, était directeur de l'Ecole Primaire Supérieure et son grand-père vigneron.

Prisonnier deux fois pendant la première Guerre Mondiale et deux fois évadé. C'est le sujet de son livre "La guerre de papa" (Editions Fanlac, Périgueux,1964). Il commence sa carrière d'enseignant en Afrique Noire, où il restera jusqu'en 1939 (entre autres à Bamako au Mali et à Brazzaville au Congo et qui lui inspirera "Croquis de brousse" (Editions du Sagittaire, 1943). Il y côtoie d'autres enseignants-écrivains comme Georges Hardy, Oswald Durand et le célèbre et controversé André Demaison (1883-1956). En 1935, il rend visite à Albert Schweitzer,dans son hôpital de Lambaréné, au Gabon.

C'est l'un des pionniers des méthodes de Célestin Freinet, le célèbre pédagogue. Il rédige les premiers manuels de lecture pour les élèves africains. Certains de ces livres étaient encore en usage, il y a peu, dans des écoles africaines. Un groupe scolaire de Bamako porte son nom. il a aussi été en poste,au Sénégal (ville de Thiès)

A son retour en France en 1939, il prend une part active dans la Résistance. Il est nommé Inspecteur de l'Enseignement Primaire à Sarlat puis, en 1945 devient Inspecteur d'Académie de la Dordogne jusqu'à sa retraite en 1963.

Officier de la Légion d'honneur, croix de guerre, de la Médaille militaire des Evadés et Commandeur des Palmes Académiques.

En France, la Librairie strasbourgeoise Istra publie en 1932 les célèbres "Contes de la Brousse et de la Forêt", écrits en collaboration avec Joseph Gouin et illustrés dans un premier temps par Charles Schott puis par P.Lagosse. Ils furent traduits en anglais sous le titre : "Tales of the Bush". Sur 35 contes, la moitié provient d'Afrique Noire (Histoire de Mosikasika, le petit poussin ; La belle histoire de Samba ; Le Cultivateur et le Guinnarou etc.), le reste étant des contes français, nord-africains ou asiatiques. En 1946, parait, toujours chez Istra, le beau conte "Massa Kokari, lièvre d'Afrique".
Œuvres

* Mamadou et Bineta apprennent à lire et à écrire
* Nouveau syllabaire de Mamadou et Bineta
* Les premières lectures de Mamadou et Bineta
* Mamadou et Bineta sont devenus grands

Autres titres

* Bien lire et bien dire (avec Bjornson-Langen) - Ed. Lavauzelle
* Nous avons cinq ans (avec Mme Meymi) - Ed. Larousse (1965)
* Manuel d'agriculture - Ed. Istra (1958)
* Langue Française - Ed. Istra (1962)
* La Famille Diavara - Ed. Istra (1959)
* Les Lectures Vivantes (avec J.Gouin) - Ed. Istra (1951)
* La guerre de papa - Ed. Fanlac
* Contes de la Brousse et de la Forêt illustrés par Paulette LAGOSSE (1921-1996)- Ed. Istra

A noter qu'une partie des manuels scolaires ont été réédités par EDICEF (groupe Hachette Livre).
Extraits

* Mamadou et Bineta sont devenus grands

Le village de ma famille est situé dans la forêt, au milieu des jardins d'ignames et d'arachides. Par une large piste, on arrive devant une cour bordée de cases d'écorce. Toutes les cases ont leur toit en feuilles à la même hauteur. Derrière les maisons, s'élèvent les têtes vertes des bananiers. L'arbre qui domine le village se peuple de charognards poisseux. Une fumée bleue rôde dans les ruelles, enveloppe les cases d'une mouvante écharpe. Des chiens efflanqués passent furtivement. Les moutons et les cabris se rassemblent près des étables. La volaille se dispute à l'entrée de minuscules poulaillers.

* La guerre de papa

L'uniforme exigeait plus de soin. Il était distribué sur mesure, ce qui signifiait que le magasinier demandait au candidat-soldat :
- Quelle est ta taille ? Et, selon la taille, il faisait semblant de chercher.
- Hé, l'escogriffe, combien ? L'escogriffe, c'était moi...
- 1 m 83
- 1 m 83 ! On n'a pas idée d'être encombrant à ce point ! Je n'ai rien pour les grandes perches ! Tant pis ! Tu te débrouilleras avec ça !
Nous passions ensuite aux chaussures... Pauvres godillots, tordus, plissés, ressemelés, cloutés d'énormes cabochons, recousus à longs points irréguliers, rapetassés avec des pièces énormes, dont certaines étaient boursouflées comme les œillères du harnachement d'un bourricot...

* Contes de la Brousse et de la Forêt

Et voila l'histoire de Mosikasika telle qu'on la dit en Afrique, le soir, auprès d'un bon feu, à l'heure où les lions chassent au loin dans la brousse.
Ligimité politique et socio-culturelle des langues nationales 

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4) Le « mépris » des langues nationales :

Ce « mépris » est bien traduit par André Davesne, qui, voulant justifier l’enseignement du français en Afrique, écrivait pour sa part : « Un des premiers griefs et l’un des plus graves que l’on puisse faire aux langues indigènes en Afrique occidentale française tient dans ce fait que les dialectes africains ne sont pas des langues de civilisation... La langue française s’imposera d’elle-même dans les possessions françaises de l’Afrique noire, et ce serait refuser de reconnaître une loi naturelle que de s’opposer à cette évolution normale » [1]. La notion de dialecte telle qu’elle transparaît dans ce texte est un des termes de la science linguistique qui a fait l’objet d’un « usage » voire d’un « abusage » controversé.
La notion de dialecte est, en en effet, claire d’un point de vue historique, et elle est inséparable de celle de « langue-mère ». Lorsqu’un peuple se disperse sur une grande étendue de terrain, la langue qu’il parle tend à se différencier. Ainsi, l’italien, le français, l’espagnol sont-ils des dialectes du latin, ce qui ne les empêche pas d’être des langues. Mais s’est en suite manifestée dans des théories linguistiques une tendance que nous n’avons pas la place d’étudier ici dans le détail consistant à donner au mot dialecte une valeur non plus relative mais absolue. Si le français en effet est un dialecte (du latin), c’est relativement à son histoire. Et chaque fois que l’on parle des dialectes africains, cela suppose donc que l’on fasse référence à des langues africaines dont dérivent ces dialectes..
Peu à peu pourtant, dans certains textes théoriques, et surtout dans les textes politiques coloniaux, les langues ont disparu derrière les dialectes, le fait diachronique (l’évolution) devenant un fait de nature (le dialecte est en soi) ; le résultat de ce tour de passe-passe idéologique était simple : en Europe, on parlait des langues mais les peuples colonisés parlaient des dialectes. Dès lors il était inutile de se demander quelle langue est « meilleure et préférable » : les langues colonisées, rebaptisées dialectes étaient inférieures par définition.
On voit que la définition des termes langues et « dialecte » n’est plus linguistique mais politique : la langue est au pouvoir, elle domine, le dialecte est dominé. Certes, il n’y a pas là ethnocentrisme du moins pas nécessairement. Mais le processus de constitution d’un modèle de communication que ces définitions fluctuantes impliquent, relève d’une pratique fortement ethnocentrique. Tout le problème est celui des rapports entre le « centre » et la « périphérie » : comment, en quelle langue parlée à la capitale ou à la métropole ? La langue de pouvoir cherche généralement à faire le vide des « dialectes ». Dès lors, le modèle de communication entre le « centre » et la « périphérie » est net : c’est la langue du « centre « (que l’on prendra ici au sens qu’on voudra : centre géographique, centre politique, centre administratif ethnique ; tous conviennent également) qui servira de vecteur excluant les autres.
Ce que nous venons de souligner pourrait se résumer en une phrase : le discours colonial sur la langue (le méta-discours ethnocentriste) s’abreuve à une théorie linguistique elle-même marquée par l’idéologie... Et cela n’est rien de très nouveau. Les sciences sont toutes marquées par l’idéologie du temps et les idéologies ont toutes tenté de se trouver des justifications scientifiques. Plus que ces discours sur la langue cependant, il y a aussi une pratique linguistique coloniale : le discours ci-dessus n’a rien d’académique ou de gratuit mais il est axé sur de choix politiques et leur justification.
Le texte de Davesne, cité plus haut, nous permet cependant de pousser plus loin la réflexion. Il y parle en effet de langue française et le plus souvent de dialectes africains et cette dichotomie révèle les rapports étroits entre la pratique ethnocentriste et la théorie linguistique. Au début du XIXe siècle, les grammairiens allemands, en particulier A. SchlegeL avaient élaboré une typologie générale des langues, proposant de les ramener à trois classes : les langues isolantes) les langues agglutinantes et les langues flexionnelles [2]. Mais cette typologie d’ordre synchronique fut convertie diachroniquement. A. Schleilher, par exemple, pensait que toutes les langues avaient d’abord été isolantes, que certaines d’entre elles étaient devenues agglutinantes et que les plus évoluées d’entre elles (les langues européennes) avaient poussé l’évolution jusqu’au stade flexionnel.
Ainsi la théorie fournissait les bases objectives du racisme linguistique : les langues européennes sont plus évoluées que celles des peuples colonisés. Ce racisme linguistique est allé plus loin : il a non seulement mis à l’écart les langues nationales, mais il en fait des langues dites vernaculaires dont les locuteurs seraient - et mieux sont - des êtres inférieurs. Une complicité particulière, dont on n’a pas fini d’évaluer les dégats, a lié historiquement les couples classes / race, langue / dialecte. Défalsifier ces aberrations historiques démystifier les concepts de la linguistique coloniale reviennent à déracialiser les rapports sociaux à décoloniser les pièges sémiotiques que l’ethnocentrisme européen fabriqua avec les notions mythiques de « blanc et « noir » pour désigner génériquement des types sociaux issus du mode de production esclavagiste, des relations établies entre maîtres et esclaves des plantations, entre colons et colonisés des tiers-mondes africains et américains. N’oublions pas que le « créole » haïtien ou le« black english » américain sont frappés par le même mépris que les langues nationales africaines [3] .
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[1] Id., p.24

[2] Les langues isolantes sont caractérisées par la juxtaposition d’éléments simples dont la valeur grammaticale dépend de la place ou de l’intonation (ex. : le chinois),
Les langues agglutinantes (ex. : fino ougrien) admettent des affixes aux mots bases ou thèmes, exprimant des rapports gramiticaux. Cela peut se traduire par une réunion d’éléments phonétiques appartenant à des morphèmes différents en seul élément morphologique (ex. : l’ierre devenu lierre). Les langues flexionnelles expriment les rapports grammaticaux par des flexions (c’est-à-dire des modifications de mots à l’aide de rapports grammaticaux, ex. : flexion radicale, flexion thématique, flexion verbale).

[3] A ce sujet, se reporter notamment aux travaux de W. Stewart et de W. Labov ainsi qu’à deux ouvrages essentiels sur la question, à savoir J.L. Dillard : Black English. New York, Vintage Books, 1972 et Black-White Speech Relationships. 00. by Wolfram and Nona H. Slarke Washington, CAL, 1971.

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