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Patrice Lumumba


 Biographie
 Congo : La mort tourmentée de Patrice Lumumba
 Autopsie de Patrice LUMUMBA
 La dernière lettre de Patrice Lumumba
 Comment et pourquoi l'Ouest a-t-il organisé l'assassinat
Biographie 

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Né le 2 juillet 1925, à Onalowa, territoire de Katako-Kombe,

dans le district du Sankuru, au nord du Kasaï, Patrice Lumumba est le cadet d'une famille de quatre enfants vivant pauvrement de revenus agricoles, amputés par les impôts de l'administration coloniale. Il va à l'école missionnaire catholique où il a été baptisé. Il travaille si bien qu’il abandonne les missionnaires catholiques pour passer dans une école protestante, tenue par des Suédois. En 1945, à la fin de la seconde guerre mondiale, il est déjà un de ceux qu’on appelle les "évolués", une minorité d’individus ayant bénéficié d’une éducation "moderne" et intellectuellement privilégiés. Il faut pourtant attendre les années cinquante et la découverte des villes - Stanleyville, future Kisangani, et Léopoldville, aujourd'hui Kinshasa - pour que l'adolescent, puis l'adulte, entré dans l'administration des postes et marqué par le racisme ambiant, commence à rêver d'indépendance et à militer activement au sein des associations des« évolués », embryon d'une première élite africaine.

Il commence, très tôt, à s’intéresser à la politique. Après avoir suivi avec beaucoup d'attentions la décolonisation de l'Inde, en 1948, le vent des indépendances qui secoue l'Afrique au début des années 50 (Lybie en 1951, Maroc, Soudan et Tunisie en 1956, Ghana en 1957 et Guinée en 1958) ne laisse pas le syndicaliste Lumumba indifférent. En septembre 1954, il reçoit sa carte "d’immatriculé" : le détenteur de cette carte qui est une invention de l’administration coloniale est supposé vivre à "l’européenne", avoir de bonnes mœurs et de bonnes conduites. 217 cartes seront distribuées jusqu’en 1958 (sur 13 millions de congolais!). En 1955, Lumumba qui écrit depuis 1951 dans divers journaux existants crée une association L’APIC (association du personnel indigène de la colonie), profitant du relatif espace de liberté laissée par l’administration coloniale dans le domaine associatif, qui est apolitique. Il participe, En 1956, à la conférence du mouvement des Non-Alignés de Bandoeng en qualité d'observateur. En octobre 1958, Lumumba fonde le Mouvement national congolais (unique parti à caractère national à l'époque), avec Stanleyville (Kisangani) comme fief. Lumumba participe la même année à la conférence d'Accra et prend contact avec les personnalités les plus influentes du monde africain, comme Kwamé N'Krumah et Nasser. Dès lors, l'indépendance du Congo belge devient inévitable. A la suite des émeute du 4 janvier 1959, sur la place de la Victoire, à Kinshasa, le Roi Baudouin 1er promet, dans une allocution radiodiffusée, le 13 janvier 1959, "de conduire, sans atermoiements funestes mais sans précipitation inconsidérée les populations congolaises à l'indépendance, dans la prospérité et la paix".

En octobre 1959, le MNC organise une réunion unitaire à Stanleyville avec d’autres partis qui sont d’accord pour réclamer l’indépendance immédiate et inconditionnelle. La foule congolaise qui assiste à la réunion manifeste son approbation. Les forces de l’ordre interviennent, essayant d’arrêter Lumumba. Ne pouvant y arriver, elles tirent dans le tas, faisant 30 morts. Deux jours plus tard, Lumumba est arrêté pour avoir appelé à la désobéissance civile et au boycott des élections organisées par le pouvoir colonial tant qu’une décision n’est pas prise pour la formation d’un gouvernement congolais. Le procès se déroule du 18 au 21 janvier, et il est condamné à 6 mois de prison. Début 1960, le 11 janvier, une table ronde réunissant les différents acteurs congolais impliqués dans l’indépendance et le gouvernement belge est prévue pour...le 20. Lumumba qui est toujours emprisonné ne peut donc y participer. Les délégués du MNC refusent de participer aux travaux en l'absence de leur leader. Malgré les oppositions internes, les différentes parties congolaises en présence exigent la participation de Lumumba à la conférence. Ce dernier arrive à Bruxelles le 26. A la table ronde, la date de l’indépendance est fixée au 30 juin et les congolais sont les premiers surpris de ce succès qu’ils n’attendaient pas. En mai 1960, les élections législatives sont remportées par le MNC (Mouvement National Congolais), présidé par Lumumba, qui devient ainsi le tout premier Premier ministre et chef du gouvernement, tandis que Kasa-Vubu est désigné Président de la République par le Sénat du jeune Etat dont l'indépendance est proclamé le 30 juin 1960. Le premier ministre Lumumba préconise la préparation de l’élite à assurer les affaires publiques afin de gagner l'indépendance économique, à continuer le processus de démocratisation, à implanter la déclaration des droits de l’homme et à sortir du néocolonialisme par la non-violence. Le 11 juillet 1960, aidé par les parachutistes belges, Moïse Tshombe, proclame la sécession du Katanga. Le 9 août 1960, Kalonji Mulopwe (l'ami personnel de Tshombe) annonce la sécession du Sud-Kasaï. Lumumba et Kasa-Vubu en appellent aux Nations unies qui envoient des casques bleus pour assurer la paix. Lumumba rompt les relations diplomatiques avec la Belgique.

Après son voyage aux États-Unis et au Canada, pour la troisième résolution du conseil de sécurité sur le Congo, Lumumba somme les Nations unies à réduire la sécession katangaise. En septembre 1960, Kasa-Vubu révoque Lumumba. Ce dernier juge illégal et nul le geste du président de République, avant de le révoquer a son tour. Le colonel Mobutu, alors chef d'Etat-Major général des Forces armées (nommé à ce poste par Lumumba), fera son tout premier coup d'Etat militaire en déclassant Kasa-Vubu et Lumumba pour installer un gouvernement des Secrétaires généraux. En décembre il fait arrêter Lumumba qui est transféré au camp militaire de Thysville (Mbanza Ngungu). Le 17 janvier 1961, Lumumba est placé dans un avion et envoyé à Bakwanga, escorté par Mukamba et Kandolo, pour son élimination physique par son ennemi Kalonji. Ce dernier ayant refusé à l'avion d'atterrir, Lumumba est transféré au Katanga ou il sera exécuté le soir même. Le lendemain, une opération sera menée pour faire disparaître les restes de la victime. Le 14 février 1961, Tshombe déclara que Lumumba venait d'être abattu, ce jour-là, à la suite d'une tentative d'évasion de la prison d'Elizabethville, lui et ses compagnons. Les jours suivants, plusieurs lumumbistes, ou des gens pris pour tels, seront exécutés, un peu partout à travers le pays.

Lumumba était détesté de son vivant aussi bien par les puissances occidentales, qui l'accusaient d'être communiste, que par leurs pantins, leaders politiques congolais. Mais, il fut unanimement regretté après sa mort. Un symbole anticolonialiste venait de mourir. Cela fit un tel scandale au pays et dans le monde que Mobutu, celui-là même qui l'a livré, le proclama, en 1966, héros national.

Lumumba fut le symbole de la lutte anti-coloniale.
Il désirait instaurer pour le futur Congo indépendant:
- L'unité nationale congolaise
- Le pluralisme politique
- partisan du panafricanisme et du non alignement.

La mort de Patrice Lumumba : Chronologie

23 juin 1960 : M. Lumumba présente son gouvernement d’union nationale à la Chambre. L’investiture est votée par 74 voix sur 137 membres.

24 juin 1960 : Investiture au Sénat par 60 voix contre 12 et 8 abstentions.

29 juin 1960 : Signature du traité d’amitié avec la Belgique.

12 juillet 1960 : Premier appel du président Kasa-Vubu et Lumumba à l’aide militaire de l’Onu.

14 juillet 1960 : Décision commune de Kasa-Vubu et Lumumba concernant la rupture des relations diplomatiques avec la Belgique.

5 septembre 1960. Rupture entre le chef de l’Etat Kasa-Vubu et le Premier ministre Lumumba.

12 septembre 1960. Arrestation de Premier ministre Lumumba par la gendarmerie suivie d’une mise en liberté sur ordre du commandant de l’Anc.

14 décembre 1960. Neutralisation des chefs politiques par le colonel Mobutu. Menacé par des militaires baluba du Kasai, Lumumba sollicite la protection de l’Onu. Le même jour, Kasa-Vubu et Iléo prient l’Onuc d’arrêter M. Lumumba. L’Onuc s’y refuse.

19 septembre 1960. Proclamation du Collège des Commissaires. Echec des essais de réconciliation entre Kasa-Vubu et Lumumba.

10 octobre 1960. Lumumba est obligé de se terrer dans sa Résidence (contrôle Anc et protection de l’Onuc). Des représentants de l’Anc produisent à l’Onuc un mandat d’arrêt contre Patrice Lumumba, député).

11 octobre 1960. Arrestation de M. Finant, président du gouvernement provincial de la province Orientale par l’Anc, Mobutu. L’Anc tente d’arrêter Lumumba à Léopoldville.

14 octobre 1960. Arrivée de Gizenga à Stanleyville.

12-13 novembre 1960. Gizenga contrôle la situation à Stanleyville.

27 novembre 1960. Lumumba quitte sa résidence de Léopoldville vers 22 heures, annonce « un voyage à caractère strictement familial de durée limitée » et cherche à gagner Stanleyville. MM. Gbenye, Mbuy, Mpolo, Kashamura, Okito, Mujanay quittent Léopoldville au cours de la même nuit.

29 novembre 1960. La présence de Lumumba est signalée dans la région de Kikwit. Les recherches sont dirigées par M. Gilbert Pongo, inspecteur de la sûreté, qui bénéfice d’un avion piloté par un spécialiste des vols de reconnaissance à basse altitude.

30 novembre – 1er décembre 1960. Arrestation des compagnons de fuite de Lumumba, puis du Premier ministre, près de Mweka; avec l’appui de l’administration territoriale locale. Les militaires de Port-Francqui (Ilebo) envoyés à Bulona-Mweka menacent de tuer leur prisonnier si Léopoldville ne les prend pas en charge dans les quatorze heures. Invité à transférer M. Lumumba au Katanga, Pongo applique les instructions de son chef, Nendaka, et assure le transfert à Léopoldville. Avant le transfert, les prisonniers sont molestés.

5 décembre 1960. A 17 heures, un avion d’Air Congo débarque Lumumba et ses compagnons à Ndjili. Maltraités par des soldats et par des témoins les prisonniers sont conduits au camp Kokolo.

3 décembre 1960. Transfert des prisonniers au camp Hardy à Thsysville (Bas-Congo) sous forte escorte; intervention de M. Hammarskjöld (secrétaire général de l’Onu) auprès de M. Kasa-Vubu (répétée le 5 décembre) pour le respect de la légalité et des règles universelles d’humanité dans l’affaire Lumumba.

7 décembre 1960. Dans sa réponse à M. Dag Hammarskjöld, Kasa-Vubu promet un déroulement correct du procès de Lumumba et prie les pays étrangers de « cesser toute campagne, toute agitation, toute intervention en faveur de Lumumba ».

4 janvier 1961. Lettre de Lumumba à Dayal de l’Onu décrivant « les conditions absolument impossibles et contraires à la loi » de sa détention.

8 janvier 1961. Pongo, prisonnier à Stanleyville, propose l’échange des militaires de l’Anc-Mobutu prisonniers et de lui-même contre la libération de MM Lumumba, Fataki et Finant. L’autorité civile locale de Thysville souhaite un transfert de M. Lumumba vers une autre localité.

9 janvier 1961. A Léopoldville, projet de transfert de Lumumba au fort de Singa (Boma).

13 janvier 1961. Remous parmi les mitaires de Thysville pour une question de soldes. MM. Kasa-Vubu, Bomboko, Nendaka et le colonel Mobutu se rendent sur place. Les prisonniers (sauf M. Lumumba) manifestent pour voir le chef de l’Etat et parviennent à sortir momentanément des pièces où ils sont enfermés. Lumumba reste dans sa cellule. Selon certains témoignages, celle-ci aurait été ouverte par un militaire, mais l’agitation qui régnait dans le camp et la présence de groupes hostiles persuadèrent Lumumba de ne pas la quitter.

17 janvier 1961 : Assassinat de Patrice-Emery Lumumba et ses compagnons

SOURCES DIVERSES

A lire aussi : Vidéo : Assassinat de P. Lumumba | Le testament de Lumumba | 30 juin: le discours de Lumumba | Hymne à Lumumba | Ludo Martens : Lumumba n'était pas communiste... | Rapport du parlement belge sur la mort de Lumumba | Victor Nendaka : "Les ordres du Président Kasavubu ont été changés à deux reprises" | La mort du Secrétaire général de l’Onu au rendez-vous avec Tshombe | Deux délégations congolaises à l’Onu en 1960 : celle de Kasa-Vubu et celle de Lumumba | Biographie de Pierre Mulele |
Congo : La mort tourmentée de Patrice Lumumba 

Par Bill VannCLIQUEZ SUR CE LIEN


Le 17 janvier marque le quarante et unième anniversaire de l'assassinat brutal de Patrice Lumumba. L'assassinat du leader de la lutte pour l'indépendance du Congo qui fut un des opposants les plus passionnés de l'oppression coloniale en Afrique n'a pas cessé de hanter les gouvernements d'Europe aussi bien que des Etats-Unis.

En novembre, une commission d'enquête comprenant des membres de tous les partis politiques et mise en place par le gouvernement belge publia un rapport reconnaissant la responsabilité de la Belgique dans l'assassinat du leader congolais.

Cette reconnaissance fut loin d'être suffisante et vint beaucoup trop tardivement. Le gouvernement belge décida de mettre en place cette commission en signe de repentir pour les crimes du passé. Le but en était d'ouvrir la voie à une participation plus importante dans les affaires de son ex-colonie en Afrique après la chute de la dictature de Mobutu et d'améliorer sa position de négociation par rapport aux Etats-Unis qui sont son principal rival économique dans la région.

"Si nous voulons établir un dialogue franc avec nos anciens partenaires coloniaux, alors il nous faut aussi prendre en considération certains moments douloureux de notre passé colonial", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères à propos des révélations de la commission.

En même temps, ces aveux limités ont été utilisés comme moyen de blanchir les révélations sur l'assassinat qui se sont accumulées ces dernières années, d'une part dans le livre de l'historien flamand Ludo de Witte, De Moord Op Lumumba (L'assassinat de Lumumba) publié il y a deux ans et d'autre part par des journalistes qui ont interviewé des officiers et des soldats belges ayant participé à l'exécution.

Lumumba, le film récent de Raoul Peck, qui a mis en scène l'horrible meurtre, a également attiré l'attention du grand public sur l'assassinat.

Le film débute par la scène cauchemardesque de soldats belges déterrant les restes du leader congolais et d'un de ses camarades qui avaient été fusillés par un peloton d'exécution juste quelques jours auparavant. Afin de s'assurer que les partisans de la libération du Congo ne disposeraient pas même d'un corps autour duquel se rallier, l'ordre fut donné d'effacer toute trace physique de Lumumba. Ainsi avec des haches, des scies, de l'acide et du feu ­ ainsi que de larges quantités de whisky pour émousser leurs sens - les soldats procédèrent à leur sinistre besogne.

Le rapport de la commission conclut que les autorités à Bruxelles ainsi que le roi Baudouin de Belgique étaient au courant de projets d'assassinat de Lumumba et qu'ils ne firent rien pour sauver celui-ci. Cependant le rapport mit l'accent sur le fait qu'il n'existe aucune preuve matérielle donnant à penser que la Belgique ait ordonné l'assassinat du leader congolais.

Le rapport reconnut clairement que le gouvernement avait secrètement fait parvenir des fonds et fourni des armes aux groupes sécessionnistes régionaux du Congo qui étaient violemment opposés à Lumumba. Le rapport en faisait porter la responsabilité principale sur Baudouin, décédé en 1993, en affirmant que le roi avait poursuivi sa propre politique post-coloniale en cachette des personnalités politiques élues. Quelques partis appartenant à la coalition gouvernementale réagirent en réclamant un débat sur l'avenir de la famille royale.

En réalité, des recherches antérieures apportèrent des preuves solides au fait que l'assassinat de Lumumba résultait directement d'ordres qui avaient été donnés par le gouvernement belge et par l'administration Eisenhower, agissant par l'intermédiaire de la CIA (Central Intelligence Agency) et de clients locaux financés et "conseillés" par Bruxelles et par Washington.

Le livre de De Witte citait un télégramme envoyé à des représentants belges au Congo trois mois avant la mort de Lumumba, par le comte Harold d'Aspremont Lynden qui était à cette époque ministre des Affaires africaines:

"Le but principal à poursuivre dans l'intérêt du Congo, du Katanga et de la Belgique est clairement l'élimination définitive de Lumumba" disait la note. Etant donné que le leader congolais avait déjà été éjecté du pouvoir et était déjà à cette époque assigné à résidence, l'implication de ces mots était évidente.

Des révélations semblables apparurent du côté américain. L'année dernière le gouvernement rendit public des archives concernant l'assassinat de Kennedy où l'on pouvait trouver une interview avec le rapporteur des réunions à la Maison Blanche sous l'administration Eisenhower, Robert Johnson.

En août 1960, lors d'une réunion qui se tenait avec les conseillers à la sécurité, deux mois après que le Congo ait officiellement pris son indépendance de la Belgique, Johnson rapporte qu'Eisenhower donna l'ordre à la CIA d'"éliminer" Lumumba.

"Il y eut un silence stupéfait qui dura près de15 secondes, puis la réunion reprit" se souvient Johnson.

Le directeur de la CIA, Allen Dulles, qualifiait le leader congolais de "chien fou".

Parmi les agents américains en place au Congo, il y avait un jeune agent de la CIA travaillant sous couvert diplomatique, Frank Carlucci, qui essaya de gagner la confiance de Lumumba dans les mois qui précédèrent son assassinat. Carlucci poursuivit sa carrière, devenant conseiller pour la sécurité nationale et secrétaire à la défense sous l'administration Reagan et il est actuellement président du groupe Carlyle, banque d'affaires influente qui compte l'ancien président George Bush parmi ses administrateurs.

D'après Larry Devlin, alors chef des services de la CIA à Léopoldville (Kinshasa), le commandant technique de l'agence arriva dans le pays d'Afrique peu de temps après l'ordre d'"élimination" donné par Eisenhower. Il apporta avec lui un tube de dentifrice empoisonné qui devait être placé dans la salle de bains du leader congolais. Cependant, ce complot invraisemblable fut abandonné pour être remplacé par une méthode plus expéditive. Lumumba fut livré à son ennemi politique le plus acharné, Moise Tshombe, leader sécessionniste du Katanga.

L'assassinat se déroula moins de sept mois après la déclaration d'indépendance du Congo qui avait alors comme Premier ministre Patrice Lumumba.

Lumumba étaient un des personnages ayant le plus de courage et de principes de toute une génération de jeunes leaders nationalistes qui, au cours de la deuxième moitié du vingtième siècle, étaient venus sur le devant de la scène pour revendiquer la fin du joug colonial européen.

Ces forces étaient mal préparées pour relever le défi qui consistait à prendre la tête de l'immense poussée de lutte sociale qui balaya le continent. De plus, aussi bien ceux qui furent assassinés, comme Lumumba, que ceux qui restèrent en vie, reçurent un cadeau empoisonné de la part des vieilles puissances coloniales: les frontières arbitraires que celles-ci avaient tracées au dix-neuvième siècle dans la lutte pour diviser et conquérir l'Afrique.

Au Congo, en particulier, le colonialisme belge avait délibérément refusé toute formation ou toute éducation aux indigènes, réduisant ceux-ci au statut de bêtes de somme pour les industries minières qui pillaient la vaste richesse minérale et naturelle du pays.

A la veille de l'indépendance, le Congo, territoire plus grand que l'Europe de l'Ouest, était sérieusement sous-développé. Il n'y avait aucun officier africain dans l'armée, il n'y avait que trois directeurs africains dans toute la fonction publique, et il n'y avait que trente diplômés de l'université. Néanmoins, les investissements occidentaux dans les ressources minérales du Congo (uranium, cuivre, or, étain, cobalt, diamants, manganèse, zinc) étaient énormes. Ces investissements signifiaient que l'Occident voulait à tout prix garder le contrôle du pays au-delà de l'indépendance. Les Belges organisèrent la passation du pouvoir de manière calculée pour garantir que "l'indépendance" ne serait, dans le meilleur des cas, qu'une apparence.

Suite à l'étendue des émeutes et des grèves en 1959, le pouvoir colonial surprit tous les leaders nationalistes en prévoyant des élections pour le mois de mai 1960. Dans une hâte chaotique pour profiter des fruits de l'indépendance, 120 partis politiques furent constitués, ayant pour la plupart des bases ethniques ou régionales. Seul un de ces partis, le Mouvement National Congolais, dirigé par Lumumba, était en faveur d'un gouvernement centralisé ainsi que d'un Congo uni par delà les différences ethniques et régionales.

L'ascension et la chute de Lumumba furent fulgurantes. Sorti d'une prison coloniale belge où il avait été battu et torturé pour avoir prôné l'indépendance, il fut envoyé en avion à Bruxelles pour participer à des pourparlers, dont le but était de favoriser une transition pacifique et sans heurts vers un régime qui ne toucherait pas aux intérêts financiers de la Belgique au Congo, tout en transférant les apparats du pouvoir d'Etat des coloniaux blancs à une nouvelle élite indigène.

Le film de Peck Lumumba reproduit avec perspicacité les énormes contradictions sociales sous-jacentes au mouvement d'indépendance et la position de classe des nouveaux dirigeants nationalistes de la petite bourgeoisie africaine. Une scène montre le discours de Lumumba au cours des célébrations de la journée d'indépendance, en présence du roi des Belges et de ses ministres ainsi que le groupe de politiciens opportunistes noirs dans les mains desquels la Belgique avait l'intention de confier le nouvel Etat indépendant.

Au beau milieu d'une cérémonie au cours de laquelle les Belges s'étaient auto-félicités d'avoir apporté avec succès la civilisation aux congolais et de les avoir préparés à l'autonomie, Lumumba expliqua clairement et sans mâcher ses mots la réalité de l'oppression coloniale, décrivant celle-ci comme 80 années "d'esclavage humiliant qui nous ont été imposées par la force".

"Nous avons connu le travail harassant, extorqué en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger assez pour éloigner la faim, ni de nous vêtir, ni de nous loger décemment ni d'élever nos enfants comme des êtres qui nous sont chers Nous avons connu des railleries, des insultes, des coups que nous avons endurés matin, midi et soir parce que nous sommes des noirs Nous avons vu nos terres confisquées au nom de lois prétendument légitimes, qui en fait ne reconnaissaient que la raison du plus fort. Nous n'oublierons jamais les massacres où tant d'entre nous ont péri, les cellules où étaient jetés ceux qui refusaient de se soumettre à un régime d'oppression et d'exploitation."

La caméra de Peck passe de la colère stupéfiée sur les visages des Belges écoutant ce discours, à l'allégresse des foules d'Africains rassemblés autour des radios, applaudissant le courage de Lumumba qui brossait un tableau honnête de leur existence.

Les revendications directes de Lumumba pour l'indépendance économique, pour la justice sociale et pour l'autodétermination politique et son hostilité envers une organisation politique basée sur les divisions tribales, utilisée de façon efficace par les colonialistes pour diviser et pour diriger l'Afrique, scella son destin. La menace qu'il proféra de faire appel à l'aide de l'Union Soviétique en dernier recours pour libérer le pays de la domination persistante des intérêts miniers belges et de l'armée belge, qui continuait à intervenir aux lendemains de l'indépendance, fournit à Washington le prétexte pour s'allier avec la vieille puissance coloniale pour éliminer Lumumba.

Peu de jours après l'indépendance, la situation politique au Congo échappa à tout contrôle. Les soldats noirs se mutinèrent contre les officiers belges. La province du Katanga, la principale région minière, s'autoproclama Etat séparé sous la direction de Tshombe, qui agissait sous la protection des intérêts miniers occidentaux et de l'armée belge. La Belgique organisa le retour de son armée dans son ancienne colonie, dans le soi-disant but de protéger ses nationaux. Lumumba invita les forces de maintien de la paix des Nations Unies, mais ils se soumirent très vite aux manuvres de la Belgique et des Etats-Unis, refusant de faire quoique ce soit pour empêcher l'assassinat du nouveau premier ministre.

Bien que Tshombe soit devenu premier ministre après l'assassinat de Lumumba, son règne ne dura pas. En 1965, Joseph Mobutu, chef de l'armée congolaise qui avait livré Lumumba à ses assassins, fit un coup d'Etat sans effusion de sang, instaurant pour 32 ans une dictature à la corruption et à l'avidité légendaires. Cette "kléptocratie" qui donna au pays le nouveau nom de Zaïre, devint l'allié africain le plus proche de Washington et lui servit de plate-forme pour ses interventions contre-révolutionnaires dirigées contre les mouvements de libération en Afrique australe.

Après sa mort, Lumumba fut transformé en inoffensive icône de la libération de l'Afrique et de la politique du tiers-monde. Même Mobutu, qui avait manigancé sa mort, rendit hommage à l'ancien leader, comme le fit la bureaucratie stalinienne soviétique, qui donna son nom à sa première université internationale.

En réalité, l'Union Soviétique n'avait aucune intention d'aider Lumumba. Sa présence et son intérêt en Afrique ne furent jamais aussi forts que l'affirmaient les occidentaux - afin de justifier leur stratégie néo-colonialiste - ou que Moscou lui-même le prétendait afin de promouvoir son image de champion de la libération nationale. Quand elle intervint réellement ce n'était pas dans le but de favoriser la révolution sociale, mais dans le but de maintenir sa position de négociation vis-à-vis de l'impérialisme américain comme une partie de sa politique de guerre froide dans le cadre de la coexistence pacifique. Pour cela, l'URSS put fournir de l'aide à l'Angola face à l'agression militaire du régime d'apartheid de l'Afrique du Sud, tout en soutenant une dictature militaire brutale en Ethiopie, qui plongea toute la Corne de l'Afrique dans une crise atroce.

Par-dessus tout, le film de Peck, Lumumba, dépeint le nouveau premier ministre du Congo comme un homme isolé, pris au piège dans une suite de complots politiques dont il ne peut s'extirper. Né à Haïti, Peck a passé une partie de sa jeunesse au Congo, où son père exerçait le métier de professeur. C'est un sympathisant du pan-africanisme et il dit à plusieurs reprises qu'il avait surtout fait le film pour que l'histoire de Lumumba soit présentée à un public africain. Il présente avec justesse toutes les forces qui s'opposaient au premier ministre nationaliste, des agents de la CIA soutenant Mobutu, chef militaire du gouvernement de Lumumba, aux colonialistes et aux officiers militaires belges, en passant par des politiciens africains fourbes et cupides.

Mais ce que Peck ne peut voir ni démontrer, ce sont les forces sociales en oeuvre au sein du nouveau régime. Lumumba ne parvint pas à contrecarrer ses ennemis parce que, au bout du compte, lui-même était en balance entre d'une part les impérialistes et d'autre part les masses africaines opprimées.

L'assassinat de Lumumba faisait partie d'un processus politique qui se développa dans toute l'Afrique sub-saharienne et par lequel les aspirations des masses - travailleurs, paysans et pauvres - à un changement social révolutionnaire furent cruellement trahies.

L'élite nationaliste de la petite bourgeoisie qui parvint au pouvoir après la décolonisation fut satisfaite de recevoir l'héritage légué par le colonialisme, s'emparant des institutions étatiques et des frontières nationales qui avaient été créées et dessinées par les puissances coloniales lors de leur conquête de l'Afrique.

La concession officielle de souveraineté nationale n'a, nulle part en Afrique, vraiment signifié la réalisation des aspirations démocratiques des masses africaines. Même dans les zones où la fin du colonialisme avait été le fruit d'une lutte armée, l'indépendance de l'Etat n'avait fait que servir de couverture au maintien de l'impérialisme sur les masses des anciennes colonies, avec des cliques corrompues de la bourgeoisie nationale qui utilisaient l'Etat pour s'enrichir au dépens de tout progrès social.

Alors que l'assassinat brutal de Lumumba le transformait en martyr de l'agression impérialiste occidentale en Afrique, ceux qui l'avaient inspiré, comme Nyerere, Nkrumah et Kenyatta dirigeaient des régimes corrompus qui furent remplacés par des régimes militaires et policiers au service des banques internationales et des capitaux étrangers.

Le Congo lui-même, 41 ans après l'assassinant de Lumumba, donne la confirmation la plus crue du caractère totalement réactionnaire de la bourgeoisie nationale. Mobutu fut renversé en 1997, après que son régime criblé de dettes ait cessé d'être utile à Washington à la fin de la guerre froide. Son successeur, Laurent Kabila, fut à son tour assassiné, remplacé par son fils Joseph, qui chercha à être encore plus accommodant avec les intérêts financiers occidentaux.

Au cours des trois années de guerre civile, plus de 2,5 millions de Congolais sont morts, pour la plupart des femmes et des enfants victimes de la faim et de la maladie. Les armées des régimes africains voisins - Rwanda, Ouganda d'une part et Zimbabwe d'autre part - sont intervenus dans la guerre civile du Congo, prétextant solidarité politique et sécurité régionale. En réalité, ils se sont simplement inspirés du rôle historique de l'impérialisme occidental, s'appropriant et exploitant illégalement des installations minières afin d'enrichir des officiers militaires et leurs amis en politique et en affaires dans les trois pays.

Il n'y a pas d'issue à la terrible crise sociale et économique qui s'est abattue sur le Congo et l'Afrique toute entière, sous la direction de la bourgeoisie nationale et sous la domination des banques et des multinationales occidentales. Les idéaux de libertés démocratiques, de progrès économique et de justice sociale qui ont inspiré tant de Congolais et d'Africains dans leur lutte contre le colonialisme il y a plus de quatre décennies ne se matérialiseront que par la création d'un nouveau mouvement qui réunira la classe ouvrière d'Afrique avec celles d'Europe et d'Amérique et du reste du monde sur la base du programme du socialisme international.
Autopsie de Patrice LUMUMBA 

un assassinat, des témoignages, une revue de presse
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Nous assistons aujourd'hui à une nouvelle phase de la vie de Patrice Eméry LUMUMBA disparu prématurément au lendemain des années d'"Indépendance" en l'Afrique centrale, retracée à travers des films, des médias, des témoignages (parfois relatés par les auteurs de l'acte commis). Un voile est en train de se lever. Sangonet vous fait découvrir certains aspects connus, diffusés.

"J'ai découpé et dissous dans l'acide le corps de Lumumba"

"J'ai découpé et dissous dans l'acide le corps de Lumumba"

BRUGES (Belgique), 15 mai (AFP) - Près de quarante ans après l'assassinat de Patrice Lumumba, le Belge Gerard Soete vient enfin de se défaire d'un lourd secret : une nuit de janvier 1961, dans une puanteur d'acide sulfurique et de cadavres écartelés, il fit disparaître le corps du martyr congolais.
"Est-ce que la législation me le permettait ?", se demande-t-il aujourd'hui, à 80 ans et en bonne santé, dans son pavillon d'un faubourg résidentiel de Bruges (nord-ouest) où l'AFP l'a rencontré.
"Pour sauver des milliers de personnes et maintenir le calme dans une situation explosive, je pense que nous avons bienfait", ajoute-t-il, en dépit de "la crise morale" qu'il doit avoir traversée après cette nuit "atroce".
Le 17 janvier1961, sept mois après l'accession du Congo à l'indépendance, Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement du pays, était assassiné près d'Elisabethville (actuellement Lubumbashi, sud), capitale de la province alors sécessionniste du Katanga.
Criblé de balles, son corps n'a jamais été retrouvé, pas plus que ceux de deux proches tués avec lui, Joseph Okito et Maurice Mpolo.
Selon l'auteur, le but de l'élimination était, en pleine guerre froide, de maintenir le Congo dans la sphère d'influence occidentale.
La thèse a connu un tel écho qu'une commission d'enquête parlementaire belge, chargée d'éclaircir "l'implication éventuelle des responsables politiques belges" dans l'assassinat, a entamé ses travaux le 2 mai.
Une commission qui auditionnera Gérard Soete.
Commissaire de police chargé à l'époque de mettre en place une "police nationale katangaise", le Brugeois dut d'abord transporter les trois corps à 220 kilomètres du lieu d'exécution, pour les enfouir derrière une termitière, en pleine savane boisée.
De retour à Elisabethville, il reçut cependant "l'ordre" du ministre de l'intérieur Katangais Godefroi Munongo de faire littéralement disparaître les cadavres.
La popularité de Lumumba était telle que son cadavre restait en effet gênant. Le "pèlerinage" sur sa tombe pouvait raviver la lutte de ses partisans.
"Petit Gérard Soete de Bruges, je devais me débrouiller tout seul avec trois corps internationalement connus", résume-t-il aujourd'hui. "Toutes les autorités belges étaient sur place, et elles ne m'ont pas dit de ne rien faire", ajoute-t-il, avec un fort accent flamand.
Accompagné d'"un autre blanc" et de quelques congolais, épuisés "d'une scie à métaux, de deux grandes dames-jeannes et d'un fut d'acide sulfurique", il leur fallut toute la nuit, du 22 au 23 janvier, pour accomplir leur besogne.
"En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut se les découper" avant de verser l'acide, explique l'octogénaire.
Il n'en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l'odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare", ajouté-t-il.
De retour en Belgique après1973, Gérard Soete contera cette terrible nuit dans un roman, "pour (se) soulager", mais sans livrer son nom.

EMMANUEL DELOULOY
La dernière lettre de Patrice Lumumba 

  La dernière lettre de Patrice Lumumba    
Essayant de gagner la province du Kasaï contrôlée par ses partisans fin novembre 1960, Lumumba est capturé. De sa prison, il écrit à sa femme Pauline.

Ma compagne chérie,

Je t’écris ces mots sans savoir s’ils te parviendront, quand ils te parviendront et si je serai en vie lorsque tu les liras. Tout au long de ma lutte pour l’indépendance de mon pays, je n’ai jamais douté un seul instant du triomphe final de la cause sacrée à laquelle mes compagnons et moi avons consacré toute notre vie. Mais ce que nous voulions pour notre pays, son droit à une vie honorable, à une dignité sans tache, à une indépendance sans restrictions, le colonialisme belge et ses alliés occidentaux – qui ont trouvé des soutiens directs et indirects, délibérés et non délibérés, parmi certains hauts fonctionnaires des Nations-Unies, cet organisme en qui nous avons placé toute notre confiance lorsque nous avons fait appel à son assistance – ne l’ont jamais voulu.

Ils ont corrompu certains de nos compatriotes, ils ont contribué à déformer la vérité et à souiller notre indépendance. Que pourrai je dire d’autre ?

Ce n'est pas ma personne qui compte, c'est le Congo
Patrice Lumumba

Que mort, vivant, libre ou en prison sur ordre des colonialistes, ce n’est pas ma personne qui compte. C’est le Congo, c’est notre pauvre peuple dont on a transformé l’indépendance en une cage d’où l’on nous regarde du dehors, tantôt avec cette compassion bénévole, tantôt avec joie et plaisir. Mais ma foi restera inébranlable. Je sais et je sens au fond de moi même que tôt ou tard mon peuple se débarassera de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs, qu’il se lèvera comme un seul homme pour dire non au capitalisme dégradant et honteux, et pour reprendre sa dignité sous un soleil pur.

Nous ne sommes pas seuls. L’Afrique, l’Asie et les peuples libres et libérés de tous les coins du monde se trouveront toujours aux côtés de millions de congolais qui n’abandonneront la lutte que le jour où il n’y aura plus de colonisateurs et leurs mercenaires dans notre pays. A mes enfants que je laisse, et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu’on dise que l’avenir du Congo est beau et qu’il attend d’eux, comme il attend de chaque Congolais, d’accomplir la tâche sacrée de la reconstruction de notre indépendance et de notre souveraineté, car sans dignité il n’y a pas de liberté, sans justice il n’y a pas de dignité, et sans indépendance il n’y a pas d’hommes libres.

A mes enfants que je laisse et que peut-être je ne reverrai plus, je veux qu'on dise que l'avenir du Congo est beau
Patrice Lumumba

Ni brutalités, ni sévices, ni tortures ne m’ont jamais amené à demander la grâce, car je préfère mourir la tête haute, la foi inébranlable et la confiance profonde dans la destinée de mon pays, plutôt que vivre dans la soumission et le mépris des principes sacrés. L’histoire dira un jour son mot, mais ce ne sera pas l’histoire qu’on enseignera à Bruxelles, Washington, Paris ou aux Nations Unies, mais celle qu’on enseignera dans les pays affranchis du colonialisme et de ses fantoches. L’Afrique écrira sa propre histoire et elle sera au nord et au sud du Sahara une histoire de gloire et de dignité. Ne me pleure pas, ma compagne. Moi je sais que mon pays, qui souffre tant, saura défendre son indépendance et sa liberté.

Vive le Congo ! Vive l’Afrique !

Patrice Lumumba
Comment et pourquoi l'Ouest a-t-il organisé l'assassinat 

Critique de deux documentaires de la BBC: Who Killed Lumumba? (Qui a tué Lumumba?), et Mobutu

Par Linda Slattery
10 janvier 2001

Le parlement belge devrait déposer un rapport au cours de cette année sur l'assassinat en janvier 1961 de Patrice Lumumba, qui fut le premier premier ministre du Congo lorsque celui-ci accéda à l'indépendance. Un voile de mystère a flotté pendant quarante ans sur les circonstances de la mort de Lumumba mais, alors que les vastes richesses minières du Congo redeviennent un objet des rivalités entre les impérialistes, des documents enfouis longtemps dans les archives officielles ont refait surface.

L'année dernière, la BBC présenta deux documentaires sur l'histoire tragique de cet État d'Afrique centrale. Qui a tué Lumumba? passa à l'écran dans le cadre de la série Correspondent. Le reportage s'inspirait fortement du dernier livre de l'historien belge Ludo de Witte (Le Meurtre de Lumumba, Verso Books, ISBN: 1859846181, dont la publication est prévue pour juin 2001). De Witte a rassemblé les faits de l'affaire à partir d'archives officielles de Belgique et le documentaire présente aussi des extraits de film d'archives et des entrevues avec des témoins des événements, pour montrer que Lumumba fut assassiné dans un complot tramé par les gouvernements occidentaux.

Mobutu, de la série documentaire de la BBC Storyville, révèle comment les puissances occidentales mirent Joseph Sese Seko Mobutu au pouvoir après la mort de Lumumba, l'appuyant durant 32 ans pendant qu'il pillait le pays. Mobutu fut l'allié principal de l'Occident en Afrique pendant la Guerre froide et le Congo devint le relais pour les opérations de la CIA contre les régimes africains soutenus par l'Union soviétique.

Ce documentaire révèle la relation personnelle et politique très étroite de Mobutu avec plusieurs dirigeants occidentaux. On y voit des séquences de film de Mobutu embrassé par Jacques Chirac (l'actuel président de la République française), et assis à côté de la reine britannique dans le carrosse royal. Pendant de nombreuses années, jusqu'à ce qu'il tombe en disgrâce à la fin de la Guerre froide, Mobutu fut un ami du roi belge, mais ses amis les plus proches étaient le Président George Bush père et sa famille.

Entre 1885 et 1908, de cinq à huit millions de personnes moururent victime du règne personnel du roi Léopold de Belgique sur le Congo, sous un système barbare de travaux forcés et de terreur systématique. En 1959, le gouvernement belge décida finalement d'octroyer l'indépendance au Congo. La première élection porta Patrice Lumumba au pouvoir. Mais son gouvernement se composait d'une coalition instable d'intérêts régionaux, et s'effondra en une semaine. Des sections de l'armée se révoltèrent et la région riche en minerai de Katanga fit sécession.

Who Killed Lumumba? présente une nouvelle documentation importante sur la sécession du Katanga. Ludo de Witte a découvert des documents dans les archives belges qui montrent que Moïse Tshombe qui mena la sécession avait agi sur les ordres du gouvernement belge. Ce dernier avait toujours prétendu n'avoir envoyé des troupes au Katanga que pour protéger les vies et la propriété belges. Les recherches de de Witte ont montré que les Belges complotèrent le démembrement du Congo.

Des documents américains diffusés en août dernier révèlent que le Président Eisenhower ordonna lui-même à la CIA d'assassiner Lumumba. Le protocole d'une réunion en août 1960 du Conseil national de sécurité confirme qu'Eisenhower dit au chef de la CIA, Allen Dulles, d'«éliminer» Lumumba. Le preneur de notes officiel, Robert H. Johnson, avait dit ceci au Senate Intelligence Committee (comité des services de renseignements du Sénat) en 1975 mais aucune preuve documentaire n'avait pu étayer ses dires.

Larry Devlin, l'homme de la CIA au Congo à l'époque, a raconté aux réalisateurs de la BBC comment on lui dit de rencontrer « Joe from Paris » qui s'avéra être l'officier technique en chef de la CIA, le Dr Sidney Gottlieb. « Je l'ai reconnu lorsqu'il s'est dirigé vers ma voiture, se rappelle Devlin, mais lorsqu'il m'a dit ce qu'ils voulaient qui soit fait, j'étais complètement, complètement interloqué. » Gottlieb lui donna un tube de dentifrice empoisonné que Devlin devait apporter subrepticement dans la salle de bains de Lumumba.

Il prétend qu'il ne le fit jamais parce que «je n'ai jamais ni suggéré de l'assassiner ni cru que c'était judicieux.» Au lieu de cela, «je l'ai jeté [le dentifrice] dans le fleuve Congo quand son utilité expira.»

L'«utilité» du poison expira assez rapidement puisque Lumumba fut assassiné peu de temps après par des agents belges.

Eisenhower ne fut pas le seul qui vint à conclure que Lumumba devait mourir. Un document du ministère des Affaires étrangères britannique de septembre 1960 dénote l'opinion d'un haut responsable qui, plus tard, devint le chef de MI5 (les services secrets britanniques) : « Je ne vois que deux solutions possibles au problème [Lumumba]. La première, la plus simple: assurer [son] retrait de la scène en le tuant.» Les mesures prises, s'il y en eut, pour mettre ce plan à exécution, demeurent inconnues.

Le travail de de Witte révèle les mesures que le gouvernement belge prit pour supprimer Lumumba. Des chefs militaires belges rencontrèrent de soir Mobutu , alors chef d'état-major, et le président Kasavubu pour comploter la chute de Lumumba. Le colonel Louis Marlière parla des millions de francs qu'il avait apportés dans ce but. Le complot de tuer Lumumba fut appelé « l'opération barracuda » et fut mené par le ministre belge des Affaires africaines, le comte d'Aspremont.

Le gouvernement belge ordonna à Kasavubu de virer Lumumba qui s'adressa alors au nouveau parlement et gagna deux votes de confiance. Mobutu mena alors un coup d'état et Lumumba fut assigné à résidence, d'où il s'évada mais fut aussitôt capturé par les troupes loyales à Mobutu.

Un film montre les troupes des Nations unies qui regardent sans intervenir pendant que Lumumba est tout d'abord battu devant Mobutu, puis paradé à travers les rues de Léopoldville (l'actuel Kinshasa) et finalement battu à nouveau. Lorsqu'il fut amené à la prison de Thysville, il manqua de provoquer une mutinerie parmi les gardiens.

Le comte d'Aspremont ordonna qu'on l'emmenât dans la province de Katanga et à sa mort certaine. Pendant le vol, lui et deux de ses partisans ­ Maurice Mpolo et Joseph Okite ­ furent battus si brutalement que le pilote se plaignit du fait que l'avion risquait de s'écraser. Tous trois furent fusillés par un peloton d'exécution sous le commandement d'officiers belges, sous le regard de Moïse Tshombe.

On confia le travail sinistre au commandant belge de la police de Katanga, Gérard Soete, de faire disparaître les corps. S'assurant le concours d'un ami, ils coupèrent les cadavres en morceaux avant de les dissoudre dans de l'acide. Soete se rappelle s'être saouler pendant deux jours parce que « nous avons fait des choses qu'un animal ne ferait pas. »

Ces deux films font un travail précieux pour attirer l'attention d'un large public sur les preuves nouvelles concernant la mort de Lumumba et révéler la manière par laquelle les puissances impérialistes ont soutenu le régime dictatorial de Mobutu. Cependant, ce qu'aucun d'eux n'explique, c'est pourquoi l'Occident agit de cette façon. Les films présentent l'assassinat de Lumumba et l'installation de Mobutu au pouvoir comme faisant simplement partie de la Guerre froide entre l'Ouest et Moscou.

Le mystère au coeur de la mort de Lumumba demeure. Pourquoi fut-il tué? Pourquoi les forces d'au moins trois puissances occidentales étaient-elles résolues à éliminer ce seul homme ­ même alors qu'il était emprisonné, injurié et battu par ses ravisseurs et n'avait ni puissance militaire, ni puissance politique. Certains disent que la réponse réside dans le fait qu'il représentait une menace pour l'Ouest parce qu'il était un panafricaniste engagé et, depuis sa mort, il a certainement pris le statut d'un martyre panafricain.

À la fin de 1959, la Grande-Bretagne et l'Amérique avaient conclu que, loin de représenter une menace, le panafricanisme offrait la meilleure chance d'empêcher une révolution en Afrique. Et des panafricanistes de bien plus longue date que Lumumba comme Nkrumah, Kenyatta, Nyerere, Obote et Azikwe ont aussi pris le pouvoir à peu près à cette époque.

L'expérience du Congo, avec sa classe ouvrière forte de millions de travailleurs, la plus grande du continent africain hormis celle d'Afrique du Sud, fut un facteur puissant qui les amena à cette conclusion. Quand des grèves et les manifestations éclatèrent en 1959 à la fin du boom dans le secteur des mines, le gouvernement belge décida d'autoriser l'indépendance de sa colonie. Son appareil de répression était préparé pour brutaliser une population rurale divisée et dispersée, mais pas une classe ouvrière toujours mieux organisée et qui abandonnait ses loyautés locales et communales.

Quand il devint clair qu'on ne pouvait pas compter sur Lumumba pour contrôler la classe ouvrière congolaise, s'en était fait de lui. L'Ouest décida d'en faire un exemple pour les masses et les autres dirigeants africains pour montrer ce qui arrive lorsque l'on s'oppose aux ordres des impérialistes. Mobutu qui avait impressionné la CIA lors de brèves visites à Bruxelles comme secrétaire de Lumumba fut choisi comme meilleur candidat pour la sauvegarde des intérêts occidentaux. Par un mélange de brutalité et de ruses politiques, Mobutu réussit à assurer que le Congo (renommé Zaïre) ne devienne pas le détonateur d'une révolution socialiste africaine.

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