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Philosophiques

 Le Grand Orient Arabe
 La droite et les franc-maçons
 Bob Marley commémoré, Blaise Diagne oublié
 Yazid Sabeg, the right man at the right place
 Femmes et Franc-maçonnerie : l’éternel débat !
 La mythologie des puissances de l'ombre
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 Dans le secret des loges
 Lorsque la Franc Maçonnerie frappe à votre porte !
 Les Francs-maçons gouvernent-ils la France ?
 Grand Orient Arabe : 60eme anniversaire
 Le n°3 de FRANC-MAÇONNERIE Magazine vient de sortir
Le Grand Orient Arabe 


Dans une région frappée par la guerre et le terrorisme, profondément divisée politiquement et religieusement, les

loges maçonniques constituent un oasis de paix et de tolérance, où les hommes de bonne volonté transcendent leur

différences pour joindre leur mains et leur esprits, liés par leur aspiration commune de créer un monde meilleur,

de s’améliorer eux-mêmes et de contribuer à la construction d'une société plus rationnelle, fondée sur les

principes de liberté, d’égalité ,de fraternité...et de démocratie

Le Grand Orient Arabe

connu aussi sous l'appellation "Muhammadan-Christian Freemasonic Lodge" est une

Obédience Maçonnique Libanaise

qui a été fondée le 21 novembre 1950 sous le numéro d'autorisation 17756 à l'Orient de Beyrouth (Liban), par son

Grand Maître Elie Georges NOUR (Passé à l'Orient Eternel)

Elle est affiliée à l'Oriental Lodge Mixte. Elle travaille selon le Rite Ecossais Ancien et Accepté.

Bien implantée au Liban, en Syrie, en Jordanie et en Palestine, elle regroupe actuellement 300 frères et sœurs.

Son Grand Maître d'Honneur est Jean-Marc ARACTINGI (33°)


Ancien de la Grande Loge de France à l'Orient de Paris, membre correspondant de la Respectable Loge de Recherche

Jean Scot Erigène et co-auteur du livre

"Secrets initiatiques en Islam et rituels maçonniques"

paru aux éditions l'Harmattan-Paris (2008)

site : http://www.grandorientarabe.org
La droite et les franc-maçons 


À l'UMP comme au Front national
Fabrice Madouas, le 07-05-2009

Les maçons de droite sont encore plus discrets sur leur engagement que les frères de gauche. C’est ce qu’affirme la journaliste Sophie Coignard dans son livre “Un État dans l’État”. Entretien.

On a longtemps associé, à tort, la franc-maçonnerie à la gauche laïcarde. La vérité est bien différente. Sophie Coignard est journaliste au Point. Le livre qu’elle vient de publier est le fruit de longues années d’enquêtes, qui font tomber bien des idées reçues. Certes, on peut classer “à gauche”la principale obédience française, le Grand Orient de France, si l’on se réfère à ce clivage issu de la Révolution. Mais le Grand Orient a séduit aussi des responsables de l’actuelle majorité. Xavier Bertrand, aujourd’hui secrétaire général de l’UMP, expliquait l’an dernier qu’il avait choisi cette obédience en 1995 par souci d’« ouverture aux autres et à leurs idées ».

Nicolas Sarkozy lui-même compte parmi ses conseillers un ancien Grand Maître du Grand Orient, le criminologue Alain Bauer, ce qui n’a pas empêché cette obédience de critiquer sévèrement les propos du chef de l’État sur la laïcité positive, prononcés à Saint-Jean-de-Latran en 2007. Mais le Grand Orient n’est pas la seule obédience maçonnique française.Et c’est plutôt à la Grande Loge nationale française que sont tentées d’adhérer les personnalités de droite séduites par la francmaçonnerie. Ses membres appartiennent « à des catégories socioprofessionnelles élevées, dotés de capacités à s’interroger sur la marche du monde », résume le Grand Maître de cette obédience,François Stifani : plus de 40 000 hommes « qui croient en quelque chose, ce sont autant de soldats », poursuit-il dans le livre de Sophie Coignard – qui répond aux questions de Valeurs actuelles.

On pense généralement que la franc-maçonnerie recrute surtout à gauche. Vous dites qu’elle est aussi très présente à droite ? Oui, et cela figure parmi les surprises de mon enquête. J’aurais cru, spontanément, qu’il y avait moins de francs-maçons à droite qu’à gauche et qu’ils fréquentaient plutôt la Grande Loge nationale française (GLNF) que le Grand Orient de France (GODF). La première dit avoir « pour fondement traditionnel la foi en Dieu, grand architecte de l’univers », alors que le second est réputé plus à gauche en raison de son attachement à la laïcité répu- blicaine. Je me suis rendu compte que cela faisait partie des clichés. C’est-à dire qu’il n’y a pas moins de francsmaçons à droite qu’à gauche et que tous ne sont pas membres de la GLNF, loin de là ! Xavier Bertrand, ancien ministre des Affaires sociales et secrétaire général de l’UMP, a d’ailleurs révélé l’an dernier qu’il était membre du Grand Orient – tout en assurant qu’il s’était « mis en retrait en 2004 »,ce qui ne signifie pas grand-chose. Inversement, le socialiste Christian Pierret, qui fut ministre délégué à l’Industrie, est membre de la GLNF.
Les choses ne sont donc pas aussi simples qu’on le dit souvent ? Non. Même si, grosso modo, le Grand Orient recrute plutôt à gauche et la GLNF plutôt à droite, il y a trop d’exceptions pour épouser tous les clichés. D’autres encore appartiennent à la troisième grande obédience française, la Grande Loge de France (GLDF). Les francs-maçons que j’ai interviewés expliquent que leur “affiliation”est affaire de rencontres. La franc-maçonnerie est un système de cooptation : il faut être parrainé pour en faire partie, et la cooptation favorise la reproduction.
Y a-t-il des francs-maçons de droite au Parlement ? Moins que de gauche, mais il y en a, bien sûr.
Dans quelle proportion ? À l’Assemblée, on peut estimer qu’il y a un francmaçon de droite pour deux francsmaçons de gauche : un tiers-deux tiers. Au Sénat, considéré comme l’un des bastions de la franc-maçonnerie, ce serait plutôt moitié-moitié. Il est vrai que la droite et le centre y sont majoritaires.
Mais, globalement, les francs-maçons sont-ils nombreux au Parlement ? Il est difficile d’avoir un chiffre précis.On connaît la composition de la fraternelle parlementaire, mais elle ne rassemble pas que des élus : des fonctionnaires de l’Assemblée nationale et du Sénat et des membres du Conseil économique,social et environnemental en font aussi partie. En revanche, tous les élus francs-maçons n’appartiennent pas à cette fraternelle, car ils ne veulent pas dévoiler leur engagement.Globalement, on peut estimer qu’un quart des sénateurs sont francs-maçons.La proportion est moindre à l’Assemblée.
Un quart des sénateurs, cela fait plus de quatre-vingts élus, dont, selon vous, la moitié de droite. Et sans doute plus de cent à l’Assemblée nationale. Oui, mais il faut dire aussi que l’influence de la franc-maçonnerie ne se mesure pas seulement au nombre d’élus, qui a tendance à stagner, alors que les effectifs des différentes obédiences sont en augmentation.
Vous écrivez qu’il y a à peu près 150 000 francs-maçons en France. À jour de cotisation, oui. Mais le double, si l’on compte celles et ceux qui ont été initiés mais n’en font plus partie, faute de temps.C’est d’ailleurs l’une des difficultés que rencontre toute personne enquêtant sur la franc-maçonnerie.
Beaucoup d’interlocuteurs vous disent : « Je ne suis pas franc-maçon. » C’est souvent vrai, mais ils l’ont été et s’ils ne le sont plus, ce n’est pas parce qu’ils rejettent la franc-maçonnerie, c’est seulement qu’ils n’ont plus le temps de s’y consacrer, en raison des responsabilités qu’ils exercent. Je me souviens d’avoir reçu une lettre cosignée par Renaud Dutreil et Jean-François Copé que j’avais cités, en 2002, dans un article sur Chirac et les francs-maçons.Le premier était alors secrétaire d’État aux Petites et Moyennes Entreprises,au Commerce, à l’Artisanat et aux Professions libérales. Le second, secrétaire d’État aux Rela- tions avec le Parlement et porte-parole du gouvernement.Tous les deux affirmaient qu’ils n’étaient pas francsmaçons. Dutreil ne l’était plus, c’est vrai, mais il avait cotisé pendant plusieurs années à la GLNF. Quant à Jean-François Copé, l’est-il ou pas ? Je n’en sais rien.Mais il a bénéficié, au début de sa carrière, de l’aide de Paul Benmussa,un franc-maçon truculent qui dirigeait alors un restaurant fréquenté par le Tout-Paris politique,Chez Edgard. Benmussa l’a mis en relation avec des élus du RPR pour lui trouver une circonscription.Cela dit, je ne dis pas qu’il n’aurait pas fait la même carrière sans ce coup de pouce…
Y a-t-il des francs-maçons au Front national ? Là encore,nous nous heurtons au secret maçonnique. Le Grand Orient de France a dit clairement qu’il n’admettrait pas de responsables ou d’adhérents du Front national parmi ses membres, en raison d’incompatibilités idéologiques. Jean-Pierre Soisson a d’ailleurs dû quitter le GODF quand il a fait alliance avec le FN pour continuer à présider la région Bourgogne. Mais comment être certain que l’obédience ne compte pas des sympathisants lepénistes parmi ses membres ? Comment les identifier quand ils n’exercent pas de responsabilités politiques publiques ? Quant à la GLNF, qui s’interdit théoriquement toute immixtion dans la sphère politique, son Grand Maître m’a dit clairement qu’il n’avait pas à connaître ce que faisaient ses membres dans leur vie profane.
Pourquoi adhère-t-on aujourd’hui à la franc-maçonnerie ? Par idéal, certainement : je ne doute pas que bon nombre de ses membres veuillent travailler au progrès et à la perfection de l’Homme avec un grand H.Mais aussi par ambition.Il est clair que le réseau que constitue la franc-maçonnerie est un atout en politique : il vous ouvre de nombreuses portes. Le problème,c’est le silence maçonnique. Nul ne peut dévoiler l’identité de ses frères. Cela fait partie du serment qu’ils prononcent pendant leur initiation. Théoriquement, elle ne s’applique qu’aux autres, mais cela garantit le secret pour tous. Rares sont donc les francs-maçons qui reconnaissent qu’ils le sont, à moins de ne pouvoir faire autrement.
Ils n’aiment pas faire leur “outing” ? Beaucoup de politiques m’ont dit : «Vous comprenez bien qu’on ne peut pas le dire, tout le monde penserait qu’on a réussi à cause de ça. » Et plus encore à droite qu’à gauche ! Or, on voit bien que c’est faux. Un politique qui confirme son affiliation ne voit pas sa carrière démolie.Pour preuve,Xavier Bertrand à droite, ou Gérard Collomb, le maire de Lyon et sénateur du Rhône, à gauche. Ce silence est difficile à concevoir, car l’adhésion à la franc-maçonnerie est un acte volontaire. Pourquoi ne pas l’assumer publiquement dès lors qu’on exerce des responsabilités dans la politique, dans la magistrature, dans la police, dans l’entreprise ? Jusqu’en 2005,vous pouviez être attaqué en justice lorsque vous dévoiliez l’adhésion maçonnique d’une personnalité publique. Heureusement, la jurisprudence a évolué. Sans ce secret, il n’y aurait plus tellement de problèmes : la francmaçonnerie deviendrait un réseau comme un autre.Et il en existe beaucoup en France ! C’est la dissymétrie de l’information qui est gênante.
Quelle est encore l’influence de la franc-maçonnerie ? Sur quels sujets réfléchit-on dans les loges, aujourd’hui ? Je vais vous faire une réponse de Normand : ça dépend des loges. À la GLNF, il est interdit de parler politique en loge.Ce n’est pas conseillé non plus à la Grande Loge de France, mais on peut y parler d’éthique et de sujets de société. Au Grand Orient, en revanche, on parle sans arrêt politique, sauf dans quelques loges axées sur le symbolisme. Chaque année, les différentes obédiences déterminent des thèmes de réflexion qui recoupent souvent,au Grand Orient, les grands débats d’actualité. Pour autant, l’influence visible de la franc-maçonnerie sur l’adoption de tel ou tel texte de loi a plutôt diminué : elle n’a plus le pouvoir qu’elle avait il y a cent ans.
N’est-ce pas parce que son programme politique a été adopté ? C’est ce qu’aiment à penser les dirigeants du Grand Orient.Les francs-maçons ont joué un rôle important dans l’adoption des lois sociales, après guerre,et des lois sociétales, depuis trente ou quarante ans. La loi sur l’avortement ne serait sans doute pas passée sans le vote des francs-maçons de gauche.Sur ce texte, les obédiences ont “fabriqué” du consensus, au-delà du traditionnel clivage droite-gauche. L’ancien grand maître de la Grande Loge de France, le docteur Pierre Simon, et celui du Grand Orient de France, le sénateur Henri Caillavet, ont eu dans ce domaine une action déterminante (lire notre encadré). L’abolition de la peine de mort fait aussi partie des grands combats de la franc-maçonnerie, comme la défense de la laïcité. Actuellement, elle travaille à la dépénalisation de l’euthanasie. L’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) compte parmi ses fondateurs de nombreux francs-maçons. On l’a beaucoup entendue lors des affaires Vincent Humbert puis Chantal Sébire. Cela dit, je pense qu’ils ont tendance à exagérer quelque peu leur influence politique. Ils parlent moins facilement, en revanche, de ce qui se voit moins.
C’est-à-dire ? De leur influence sur les nominations dans la fonction publique, par exemple, ou dans la conduite des affaires économiques.De cela, il n’est jamais question.
De quoi, par exemple ? L’économie mixte a longtemps favorisé la franc-maçonnerie en gommant les frontières entre la politique et l’entreprise. Elle a permis aux francs-maçons d’investir quelques places fortes, comme EDF ou le secteur bancaire, par exemple.Ils les défendent ardemment, comme ce fut le cas au Crédit agricole, dans les années 1980 : les francs-maçons, qui dirigeaient une dizaine de caisses régionales du Crédit agricole, ont bien failli faire échouer sa privatisation.
Mais ils n’y sont pas parvenus. Ce qui prouve seulement que leur influence n’est pas toujours déterminante. Elle n’en est pas moins réelle.Les mutuelles aussi sont un secteur où les francs-maçons sont très actifs. Ils s’y cooptent depuis des années.
Vous écrivez que c’est aussi le cas du paritarisme. En effet. On voit bien ce qui s’est passé. Le paritarisme est né après la guerre, à l’époque de la reconstruction. Les obédiences ont investi les organismes paritaires parce que les engagements maçonniques favorisaient les accords entre des partenaires dont les intérêts sont a priori disjoints. Côté patronat, la CGPME compte en son sein de nombreux frères, le Medef un peu moins.Côté syndicats, Force ouvrière en accueille beaucoup, plus que la CGT. Ils sont aussi nombreux au sein des chambres de commerce, à commencer par la plus prestigieuse d’entre elles, celle de Paris. Quant à la formation professionnelle, il est très rare d’y occuper un poste de responsabilité quand on n’est pas franc-maçon.Cette imprégnation facilite évidemment le dialogue entre les partenaires sociaux. Il n’est pas étonnant que tant de ministres des Affaires sociales aient eux mêmes été francs-maçons. Brice Hortefeux n’a jamais démenti son appartenance.
Vous dites cependant que les différentes obédiences se font souvent une concurrence acharnée… La vie des obédiences, c’est un mélange détonant de fraternité et de compétition. Elles cherchent toutes à faire plus d’adhésions que les autres. Pour le Grand Orient, qui est une “invention”totalement française, il est important de rester l’obédience la plus nombreuse : cela lui permet d’asseoir sa légitimité en France. La GLNF, en revanche, est la seule obédience reconnue par la Grande Loge unie d’Angleterre, le berceau de la franc-maçonnerie : elle cherche elle aussi à recruter pour continuer à “briller” auprès de la maison mère. Et puis,les adhérents,c’est aussi de l’argent. À la GLNF, la cotisation annuelle s’élève à 400 euros.Multipliés par 40 000 membres, cela fait quand même 16 millions d’euros. Comme beaucoup de grosses associations, les obédiences sont aussi des entreprises, qui doivent être gérées rigoureusement et recruter des “clients”, si j’ose dire,pour continuer à prospérer.
Un État dans l’État, le contre-pouvoir maçonnique, de Sophie Coignard, Albin Michel.
Bob Marley commémoré, Blaise Diagne oublié  


ferloo.com - 11 mai au Sénégal : Bob Marley commémoré, Blaise Diagne oublié

Au moment où le monde en général et le Sénégal en particulier sont en train de pleurer ou de commémorer Nesta Robert Marley, dit Bob Marley qui était un auteur-compositeur-interprète jamaïcain de reggae, né à Nine Miles, paroisse de Saint Ann (Jamaïque) le 6 février 1945 et décédé d’un cancer à Miami (Floride, États-Unis) le 11 mai 1981, l’homme politique sénégalais Blaise Diagne, né le 13 octobre 1872 à Gorée, tombe dans l’oubli. Pourtant, lui aussi est décédé à Cambo-les-Bains, le 11 mai 1934, en France. Il est le premier député africain élu à l’Assemblée nationale française. Il est également le premier ministre noir des colonies. Né d’un père sérère, cuisinier et marin, et d’une mère manjaque originaire de Guinée-Bissau, Galaye Mbaye Diagne est très tôt adopté par la famille Crespin qui lui donne le prénom de Blaise. Marié en 1909 avec Marie Odette Villain, rencontrée à Madagascar, il a eu quatre enfants. Flash-back sur la vie du citoyen des quatre communes et premier africain à siéger au palais Bourbon.

L’homme dont un lycée de Dakar et le nouvel aéroport du Sénégal portent le nom apprend très tôt à lire, à écrire et bénéficie d’une éducation solide qui s’appuie sur d’incontestables qualités intellectuelles. Il figure ainsi au palmarès de la distribution des prix de l’école laïque de Saint-Louis en août 1884. Boursier du gouvernement, le jeune Diagne va poursuivre ses études en France à Aix-en-Provence. Malade, il revient à Saint Louis pour suivre les cours de l’école secondaire Duval où il sera major de sa promotion en 1890. Il entreprend avec succès le concours de fonctionnaire des douanes en 1891.

Dans les autres colonies...

Entré dans cette administration en 1892, il est d’abord nommé au Dahomey (actuel Bénin) en 1892, puis au Congo français en 1897, à la Réunion en 1898 et enfin à Madagascar en 1902, dernier poste où ses opinions avancées déplaisent à Gallieni. Envoyé en Guyane en 1910, ses liens avec le gouverneur sont facilités par son appartenance au Grand Orient de France.

En métropole...

Blaise Diagne est élu en 1914 député du Sénégal, bénéficiant du statut des « quatre vieilles » communes (Rufisque, Gorée, Saint-Louis et Dakar). Il est le premier Africain de l’histoire française à siéger au palais Bourbon, il y est surnommé "la Voix de l’Afrique". Il obtient pour les habitants des quatre communes la citoyenneté en échange de leur conscription en 1916. Membre du groupe Union républicaine-socialiste animé par Maurice Viollette, franc-maçon lui aussi, il est réélu sans interruption jusqu’à sa mort, malgré des campagnes systématiquement hostiles de ses adversaires colonialistes, qui n’aiment pas voir un Noir à l’Assemblée, d’autant que celui-ci est aussi le maire de Dakar.

Blaise Diagne adhère à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) en décembre 1917, mais il y reste moins d’une année et demi. Il est alors nommé par Clemenceau commissaire général chargé du recrutement indigène en Afrique, en même temps que deux autres socialistes, Compère-Morel, à l’Agriculture, et Fernand Bouisson, à la Marine marchande. Mais Blaise Diagne démissionne du parti et du groupe socialistes début mai 1919, refusant de quitter ses fonctions de commissaire du gouvernement après la répression de la manifestation du 1er mai 1919. Il reste commissaire jusqu’en octobre 1921 (gouvernements Clemenceau, Millerand, Leygues et Briand).

Il revient ensuite au Parti républicain-socialiste puis passe chez les indépendants de Georges Mandel. Il devient officiellement le premier ministre africain de la République française comme sous-secrétaire d’Etat aux Colonies de janvier 1931 à février 1932, dans les trois premiers gouvernements de Pierre Laval.

...En AOF

« M. Diagne, député du Sénégal, haut commissaire du gouvernement pour le recrutement des troupes noires, vient d’arriver à Dakar où la population indigène lui a fait un accueil enthousiaste ». (Mars 1918)

Blaise Diagne devient en janvier 1918 commissaire général chargé du recrutement indigène, qui, sans le titre, lui donne des responsabilités de nature gouvernementale. Il mène avec succès des missions en Afrique occidentale française pour organiser le recrutement militaire en cette période de guerre. De février à août 1918 et de Dakar à Bamako, il essaye de convaincre ses compatriotes de venir se battre en France tout en leur promettant des médailles militaires, un certificat de bien manger, un habillement neuf et surtout la citoyenneté française aux combattants après la guerre. Les primes aux recruteurs sont aussi fortement augmentées. Il réussit à mobiliser 63 000 soldats en AOF et 14 000 en AEF.

Diagne profita des conditions spéciales du conflit pour arracher au Parlement la loi du 29 septembre 1916 qui reconnaissait définitivement la citoyenneté française aux originaires des « quatre communes », sans les soumettre au Code Civil ni leur faire perdre leur statut personnel.

Franc-maçonnerie

En septembre 1899, à Saint-Denis, Diagne est devenu franc-maçon.

Il est le premier noir à siéger, dès 1922, au Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France.

Il bénéficie de ce parrainage jusqu’à sa mort en 1934, tout en étant largement soutenu par les milieux parlementaires auxquels il renvoie, par effet de miroir, l’image du parfait assimilé. En revanche, les nationalistes sénégalais (surtout les communistes de l’UIC comme Lamine Senghor) le prennent pour cible.

L’appartenance de Diagne à la franc-maçonnerie explique sans doute qu’il ait été enterré avant l’entrée du cimetière musulman de Soumbédioune à Dakar, les Musulmans ayant refusé qu’un franc-maçon puisse reposer à l’intérieur du cimetière.

Postérité

Le souvenir du premier ministre noir de la République française reste vivace. Son nom est porté par plusieurs endroits comme l’Avenue Blaise Diagne, une des plus grandes de Dakar, le lycée Blaise Diagne de Dakar et, récemment, le Président Abdoulaye Wade a donné au nouvel aéroport international en construction à une quarantaine de kilomètres de Dakar le nom d’aéroport international Blaise Diagne.

Legs

Alors que l’Afrique était encore majoritairement colonisée, Blaise Diagne défendait la participation des Africains à la politique du pays colonisateur. Il demandait aussi un traitement équitable des minorités ethniques au sein de l’armée française. Il a mené pendant toute sa carrière une action en faveur des colonisés d’Afrique et des Antilles pour les aider à s’insérer dans la société française. À l’assemblée, Blaise Diagne, proteste contre le « massacre » de ses compatriotes lors de la première guerre mondiale.

Ferloo avec Wikipedia

Lundi 11 Mai 2009
alpha-2.info La Rédaction H/A/S
Lu 380 fois
Yazid Sabeg, the right man at the right place 


Après de nombreuses nominations gouvernementales plus spectaculaires que pertinentes, la désignation du commissaire à la diversité marque un point radicalement différent par sa justesse. La maîtrise du sujet et le dynamisme du grand patron ne seront pas de trop pour résorber l’éclatement social et ethnique de la France.
Ils auraient été trois présélectionnés pour un choix final difficile : l’ancien patron de SOS Racisme, Malek Boutih, le directeur de Sciences Pô, Richard Descoings, et le grand patron, Yazid Sabeg. Le point annonce le désistement du premier qui n’aurait pas osé franchir le pas de « l’ouverture » sarkozyste, un mystère quand on connaît ses déboires au sein du PS. Le second sera orienté vers une mission moins ambitieuse auprès du ministre de l’éducation nationale, Xavier Darcos. Ne restait plus que Yazid Sabeg dont la nomination couronne deux décennies d’activisme polymorphe en faveur de l’égalité des chances. On se prendrait à applaudir le président de la république, qui après des choix spécieux de débauchage ou de promotion de personnes manifestement incompétentes, opte enfin pour une personnalité de savoir et de caractère. Mais vu la diversité des profils en lice, les hésitations de Nicolas Sarkozy interrogent sur ses intentions réelles et sur la marge de manœuvre dont disposera le nouveau commissaire.

L’homme de la situation

L’esprit malicieux, le verbe clair et le propos assuré le tout servi par une forte constitution, Yazid Sabeg en impose. Même ses contradicteurs les plus tenaces ploient de manière générale assez rapidement devant ses arguments. Il faut dire que ce patron d’une entreprise du CAC 40 n’intervient que sur des sujets qu’il maîtrise et en matière d’immigration et d’intégration, notre homme sait de quoi il parle. Issu d’une fratrie de quatorze enfants et fils d’un docker ancien policier Yazid Sabeg est né à Guelma, une ville qui été en 1945 le théâtre d’un des principaux massacres de la l’armée coloniale en Algérie. Dès le milieu des années 80 il se saisit de la question et milite autour de lui. En 2004 il publie avec son frère Yacine, Les Oubliés de l’égalité des chances qui décrit précisément les mécanismes de l’exclusion et le parcours des descendants des anciens colonisés. Cet ouvrage sera le premier d’une impressionnante série de publications constituée de rapports, de communications ou d’essais aussi bien privés qu’à destination des pouvoirs publics. Intellectuel, ce docteur en économie est aussi un véritable homme d’action qui n’hésite pas à descendre sur le terrain et à prêcher par l’exemple. Au sein de son groupe CS Communications & Systèmes, actif l’informatique de défense, il pratique un recrutement ouvert aux jeunes gens issus des quartiers et de la diversité. Franc-maçon et éminent membre de l’Institut Montaigne, Yazid Sabeg, a l’oreille d’un certain nombre de patrons dont Claude Bébéar, ce qui lui a permis de faire passer la charte de la diversité qui entendait ouvrir les entreprises aux candidats issus de l’immigration. Mais ses relations vont au-delà du monde de l’entreprise puisqu’il entretient de forts liens avec des politiques aussi bien à gauche qu’à droite.

Promoteur des statistiques de la diversité, qui seules permettraient d’évaluer les politiques menées, il se heurte à l’hostilité de « républicains » prêts à briser le thermomètre plutôt que de voir mise sur la place publique l’inqualifiable injustice faite aux minorités ethniques en France. Simone Veil dans son rapport sur la question s’inscrit parfaitement dans cette logique. Le sujet est brûlant et le conservatisme le plus trivial semble être du meilleur aloi. Dans le même temps, la Halde sensée lutter contre les discriminations est présidée par l’invisible Louis Schweitzer, ancien patron de Renault, dont la réserve s’expliquerait par un passé trouble dans le domaine. Avec la sévère condamnation de la firme automobile pour discrimination raciale, cette nomination effectuée par Jacques Chirac ressemble au choix du loup pour garder la bergerie. En 2002, une étude commanditée par le premier ministre sur les cadres issus de l’immigration s’était heurtée à une fin de non recevoir de près de la moitié des organisations sollicitées. Dans les rangs des insurgés, on comptait de nombreuses institutions publiques dont Renault et EDF mais aussi le Ministère de l’intérieur. Régulièrement pressenti comme ministre depuis le second mandat de Chirac, Yazid Sabeg n’a jamais retenu le choix du président de la république en activité. Son sens critique et sa liberté de ton n’y sont certainement pas étrangers. Autant d’atouts qui avec sa force de persuasion ne seront pas de trop face à la tâche singulièrement lourde et délicate qui l’attend.

Briser le plafond de verre

Depuis bientôt une décennie, dès qu’on parle d’intégration par le travail, la question revient inlassablement comme un anti-leitmotiv : êtes-vous pour la discrimination positive ? Le malheureux qui répond par l’affirmative est aussitôt qualifié de communautariste ou mieux encore de raciste et livré à la vindicte populaire de l’auditoire ou du lectorat. L’expression même « discrimination positive » est lourdement moquée dans les médias. Doit-on rappeler qu’elle a commencé à être utilisée pour l’interdiction du travail de nuit des femmes dont une loi de 1892, interdisait la pratique ? Faut-il aussi préciser que ce terme répond à la discrimination, négative pour le coup, qui se retrouve par là même grossièrement éludée ? Enfin, doit-on rappeler que cette expression se veut également le pendant de l’affirmative action américaine et de la positive action britannique ? Les politiques anglo-saxonnes ont largement fait leurs preuves en permettant l’émergence de classes moyennes et sur le plan des individualités, l’expression de talents de la plus haute qualité. Trevor Mc Donald, présentateur vedette du journal de la BBC, Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada et Barack Obama sont les plus éminents exemples parmi des dizaines de milliers d’autres absolument remarquables. Qui aurait sérieusement envisagé de tels parcours en France, pays de l’assimilation et du monocommunautariste national ? Pas même la plus optimiste des personnes de foi. Le niveau d’éducation ou de communauté culturelle ne sauraient non plus être un argument pour expliquer l’absence honteuse des minorités visibles au sein de hautes sphères de la société française et leur part congrue parmi les classes moyennes. Yamina Benguigui dans son excellent film, Le plafond de verre, démontre tout le contraire. Le constat est dramatique, littéralement fou : plus l’assimilation du « minoritaire » est forte, moins son intégration est acceptée dans la mesure où il postule naturellement pour les hautes sphères sociales. Le mur auquel il se heurte provoque une profonde frustration et les pathologies mentales liées aux injonctions paradoxales ne sont jamais éloignées. Les enseignants d’établissements difficiles qui ont vu ce film en sont ressortis tout retournés en saisissant en bonne partie les raisons du peu d’enthousiasme de leurs élèves. L’absence ou l’invisibilité dans les hautes sphères de la société des personnes issues des anciennes colonies empêche le double effet positif de l’identification : les recruteurs n’identifient pas ces minorités à la réussite ce qui les rend imperméables à leur profils, tandis que les mécanismes d’identification pour les plus jeunes ne fonctionnent en l’absence de référence phénotypique séduisante. On est pourtant ici à l’opposé total du sauvageon des cités ou de la famille innombrable vivant aux crochets de la nation laborieuse que certains tentent lourdement de coller à l’ensemble des ex colonisés.

Les sauvageons ou les profiteurs antagonistes aux canons de la société française existent bel et bien. Il suffit d’avoir souvent pris un train de banlieue ou passer quelques heures dans la majorité des cités pour en avoir rencontré ou subit quelques représentants. Le dégoût, la peur ou la colère qu’ils suscitent sont tout à fait compréhensibles et légitimes. En revanche s’en tenir à ces ressentiments serait puéril et dangereux. Ces personnes, dont la présence en France n’est pas un hasard, sont en général les premières victimes d’une politique d’intégration désastreuse. Cette situation est d’autant moins admissible que ces jeunes gens si décriés sont des mines de dynamisme et de créativité et que la France sait intégrer ou assimiler quand elle le souhaite. Le parcours de Yazid Sabeg parmi d’autres en est exemplaire. L’intégration de la Bretagne ou la formation historique des élites républicaines métropolitaines ou d’outre mer sont des succès dont la brutalité ne saurait masquer l’efficacité. Parce que si les objectifs sont partagés, le consensus sur les moyens s’établira facilement. Depuis 2007 seulement la France compte un député issu des minorités, de quoi laisser pantois les membres du Black Caucus américain dont la représentation est proportionnelle aux populations noires. Trevor Phillips, le responsable de l’égalité des chances britannique s’était déjà profondément ému de la situation des minorités en France en 2005. Cela n’empêchera pas le gouvernement de le décorer de la Légion d’honneur en 2007, comme si seuls les « minoritaires » anglo-saxons pouvaient être méritants. Cette attitude rappelle l’admiration pour les GI’s noirs de la seconde guerre mondiale qui tranchait net avec le racisme ouvert opposé aux troupes africaines. Il aura fallu attendre plus de quarante ans et le succès du film Indigènes pour que Jacques Chirac, intime des dictateurs d’Afrique, pense à réhabiliter leurs pensions gelées depuis les pseudos indépendances des années 60. Même l’arrêt de 2001 du Conseil d’Etat n’avait pas mis un terme à cette incroyable discrimination. Le dynamisme économique et culturel des pays nordiques et anglo-saxons tant admiré en France est le résultat de leur ouverture à la diversité. Pour un pays faire une place équitable aux minorités, c’est sans équivoque multiplier ses voies et ses chances de succès. En revanche, se refuser à l’ouverture, c’est faire à coup sûr le lit de tous les communautarismes.asser
Femmes et Franc-maçonnerie : l’éternel débat ! 



Semaine spéciale sur France Culture, diffusions et rediffusions d’émissions sur les grandes chaînes hertziennes, couvertures de tous les grands hebdos, outing à l’appui… En ces temps de regain médiatique pour la Franc-maçonnerie, une question revient immanquablement sur le tapis : celle de la place encore très marginale qu’y occupent les femmes, et, surtout, l’interdiction d’initier ces dernières au Grand Orient de France –, le GODF, la principale obédience maçonnique dans notre pays avec ses 50 000 membres. GODF qui se revendique pourtant à la fois fortement progressiste, aux membres issus majoritairement des rangs de la gauche et à la pointe des combats pour ce qui est sa devise depuis le XIXe siècle : Liberté, Egalité Fraternité.

Une amie à qui j’exposais « les termes du débat » a coupé court à mon exposé en une phrase : « mais comment peut-on en France, en 2007, se poser encore cette question ? »

D’autres profanes (les non-initiés dans le « jargon » maçon) à qui je réitérai l’expérience me renvoyaient à chaque fois l’accusation soit d’hypocrisie, soit de sectarisme… Tous et toutes parfaitement imperméables aux différents arguments qui ont cours en loges.

Mes amies ne comprenaient tout simplement pas comment des « défenseurs de la Lumière » pouvait encore refuser d’intégrer en leur sein la moitié de l’humanité, plus de trente ans après la chute des derniers bastions de la non-mixité !

Je me suis donc rendu à l’évidence de la terrible force de nuisance sur l’image même de la maçonnerie que constituait ce refus de l’initiation des femmes dans nos loges et, n’ayant pas d’avis tranché moi-même, me suis décidé à tenter, autant que faire se peut, à collecter les tenants et aboutissants de cet éternel débat.

Un petit rappel tout d’abord, pour lever un certain nombre de malentendus : nous, maçons « libéraux » appartenons à un courant minoritaire au sein du monde maçonnique, même si en forte progression.

La maçonnerie dite libérale, née en France dans le courant du XIXe, se distingue de la maçonnerie dite régulière ou anglo-saxonne (son berceau historique) par une émancipation, plus ou moins grande, de notre héritage chrétien et par l’affirmation d’un certain nombre de préceptes (liberté « absolue » de conscience, progressisme…) qui l’ont poussé à s’investir dans la vie publique (profane).

Au contraire de la maçonnerie régulière qui reconnaît la supériorité du « Vatican de la maçonnerie » (la Grande Loge d’Angleterre) et perpétue le respect de landmarks (règles) édicté au XVIIe (dont l’interdiction d’initier les femmes), la maçonnerie libérale est faite d’obédiences (groupements de loges) indépendantes, mais qui se reconnaissent entre elles (GODF, mais aussi Grande Loge de France, Droit Humain, Grande Loge Féminine… pour les principales dans l’Hexagone).

Concrètement, si, appartenant au GODF, je peux librement « visiter » une loge de la Grande Loge de France, je ne pourrais jamais être accepté (et inversement) dans une « tenue » de la Grande Loge Nationale Française, la représentante de la maçonnerie régulière en France.

Indépendante (« souveraine » dans le jargon maçonnique), chaque obédience de la maçonnerie libérale peut édicter ses propres règles de vie : rites, sujets abordés (si le Grand Orient ou le Droit Humain interviennent très régulièrement officiellement et médiatiquement sur les questions de société, la Grande Loge limite drastiquement son intervention, en loge ou en dehors, sur les sujets uniquement philosophiques) ou modes de fonctionnement.

Cette indépendance se vérifie tout particulièrement dans la position vis-à-vis des femmes : si toutes les obédiences libérales reconnaissent le droit aux femmes d’être maçonnes, chacune adoptent une attitude différentes vis-à-vis de leur initiation : si le Droit Humain, la Grande Loge Mixte de France initient hommes comme femmes, la Grande Loge ou le Grand Orient sont exclusivement masculines et plusieurs obédiences comme la Grande Loges Féminine de France ou la Grande Loge Féminine de Memphis-Misraïm initient uniquement les femmes, certaines loges refusant encore la visite de maçon(nes) du sexe opposé.

Un petit rappel général qui met à jour trois facteurs pourtant fondamentaux que beaucoup de commentateurs omettent immanquablement lorsqu’ils évoquent la place des femmes en maçonnerie. A savoir :

Que la Franc-maçonnerie dont nous avons l’habitude de parler dans le débat public en France (la FM libérale : GODF, GLF, DH, GLFF…) n’est qu’une branche tardive et minoritaire au sein de la grande famille maçonnique (elle n’est majoritaire qu’en France et dans quelques autres pays d’Europe continentale ou francophone et n’atteint un tel poids que dans nos pays et son « satellite » belge) ce qui ne l’excuse nullement, mais permet de remettre les choses dans leur contexte, notamment aux regards des divers « rites » utilisées dans nos tenues, tous antérieurs à la scission (entre réguliers et libéraux) et qui font largement appel à une symbolique très masculine (épées, outils et tabliers de compagnonnage, chevalerie templière, ancien testament, Kaballe…).

Force est de constater que les origines, le ferment de la maçonnerie est foncièrement conservateur et « sexiste ». Historiquement, notre maçonnerie française se définit comme une hérésie, un détournement d’une institution aristocratique dans ses premières années, bourgeoises ensuite.

Deuxième rappel d’importance : on ne peut pas parler d’une, mais de plusieurs maçonneries. Notre branche libérale se définissant par ses velléités d’indépendance, avec ses nombreuses obédiences (plus d’une vingtaine rien qu’en France, de quelques centaines à plusieurs dizaines de milliers de membres, sans parler des loges dites « sauvages » qui ne sont rattachées à aucune obédience) qui ont chacune leur propres règles, la maçonnerie ne peut s’attaquer de front. Au contraire, la position de chaque obédience doit être analysée au regard de sa propre histoire, identité, philosophie.

Enfin, troisième mise au point – et non des moindres, le débat concernant notre maçonnerie libérale ne se situe pas sur la reconnaissance des femmes (j’en croise « tous les jours » aux tenues où je me rends), mais sur le droit à leur initiation dans les différentes obédiences qui, bien que reconnaissant leur droit à être maçonnes, leur interdissent encore cette cérémonie.

Trois rappels qui permettent de lever une hypocrisie : en vérité, le débat atour de la place des femmes en Franc-maçonnerie n’est souvent qu’une attaque déguisée envers un seul et même accusé : le Grand Orient de France (qui, s’il accepte la visite de sœurs d’autres obédiences dans ses tenues, interdit jusqu’à aujourd’hui à ses loges d’initier des femmes).

Preuve en est : ni la Grande Loge, ni la GLFF, encore moins la GLNF, pourtant bien plus « rétrograde », ne sont l’objet de telles attaques.

Cette précision a pour mérite de bien séparer le bon grain de l’ivraie, les réelles interrogations de sœurs, de frères ou de profanes face à ce qui leur apparaît comme une contradiction entre les idéaux et la pratique de cette obédience dans une position aujourd’hui paradoxale (progressive à l’extérieure, traditionaliste à l’intérieur) et l’utilisation, partisane et de mauvaise foi, de cet ultime argument de la part de commentateurs, de journalistes ou d’hommes publics, profondément antimaçons (c’est-à-dire rétifs à la maçonnerie par allergie et non par réflexion) à court d’arguments valables.

S’il n’est pas le lieu ici de trancher cette question, il m’a paru utile de revenir sur les différents arguments des uns et des autres afin de pouvoir lever toute ambiguïté sur ce débat.

Le poids de l’héritage, tout d’abord, a son rôle.

Alors qu’il existe déjà de nombreuses obédiences qui initient les femmes, beaucoup de frères du Grand Orient avec qui je discute, à Paris comme en province, s’interrogent sur l’intérêt d’une telle réforme qui risque de brouiller l’identité du GO, voir d’entraîner son implosion pure et simple.

Ce refus du changement, qui peut paraître quelque peu archaïque en apparence, s’explique par le caractère hautement « traditionaliste », sinon régulier, au sens monastique du terme, de la Franc-maçonnerie.

Même si ses structures administratives répondent aux règles de l’association loi 1901 et qu’elle appelle ses membres à s’impliquer pleinement dans la vie de la Cité, la Franc-maçonnerie, dans son essence même, se définit comme une expérience à la fois intime et intemporelle, plus proche de la psychanalyse, des fraternités médiévales et des initiations antiques que de nos partis et syndicats contemporains.

Sans revenir plus longuement sur les tenants et aboutissants de « l’Art Royal » (comme on appelle parfois le travail en loge), n’est-il pas un non-sens d’exiger une revendication aussi « actuelle » que la mixité intégrale à une institution qui se revendique des bâtisseurs du Temple de Salomon, compte ses années en calendrier biblique, dont les « grades » se nomment « Chevalier Kadosh » ou « Prince du Tabernacle » et dont les membres entendent toujours être à la recherche du mot perdu à la suite du meurtre d’Hiram, l’architecte du grand Temple de Salomon.

L’adhésion à ces symboles est indispensable à tout parcours initiatique véritable… Sinon, comment expliquer tout ce théâtre baroque fait d’acclamations, d’épées, d’allumages de bougies et serments auxquels nous nous prêtons presque toutes les semaines pour certains d’entre nous…

Dès lors que le parcours maçonnique se situe dans le registre de l’ésotérique ou du ritualisme pour certain, de la psychanalyse ou de la recherche philosophique personnelle pour d’autres, de tels refus n’ont plus à se justifier : chacun étant libre de la forme de ses réflexions intimes. Car, oui, la Loge fait indubitablement partie de l’intime de chacun de ses membres, le travail collectif sur soi étant à ce prix…

Si ce raisonnement peut paraître choquant, en totale contradiction avec les prises de position du GO à l’extérieur du Temple, elle n’est est pas moins dans la pure logique maçonnique, société qui se veut symboliquement détentrice d’expériences séculaires…

D’ailleurs, de nombreuses discussions avec de nouveaux maçons (les effectifs du GODF augmentent environ de 1 000 membres par an, ceux de la GLF de 2 000…), chefs d’entreprises, fonctionnaires, médecins, travailleurs sociaux et même élus locaux, trentenaires ou quarantenaires, qu’on ne peut accuser de machisme ou de sexisme, et qui sont souvent rétifs à l’ouverture du GODF aux femmes, vient renforcer cette hypothèse.

Considérant leur loge comme un espace privé, intime même, vivant leur initiation comme l’appartenance à une communauté en dehors du champ social, ces derniers, par ailleurs militants ou actifs dans de nombreuses associations, viennent justement chercher un espace de réflexion collectif, mais intime qui ne reproduise pas forcément la physionomie de la Cité dont ils veulent s’extraire un instant.

Si cet argument ne répond pas nécessaire par la négative à la mixité maçonnique, il apporte incontestablement un nouvel éclairage au débat !

Il convient en effet de bien séparer ce qui relève de l’idéologie de la maçonnerie libérale, très progressive, et du « parcours maçonnique » en lui-même, plus intime et moins redevable des règles sociales.

Et force est de constater que, dans ce cadre, beaucoup de ces nouveaux maçons cherchent justement une enceinte purement masculine pour cette quête intérieure.

De nombreuses maçonnes revendiquent d’ailleurs elles-mêmes cet entre-soi permettant dans les loges exclusivement féminines, « d’aborder l’Universel à partir de la singularité féminine » pour reprendre les mots de plusieurs d’entre elles.

Je me pose même la question : n’est-il pas bon de préserver, dans une époque de confusion entre espace public et espace intime, ces lieux qui, comme le préconise la tradition gnostique, préservés des contingences de la Cité, permettent une pensée plus libre et, ainsi, de construire plus sereinement la rencontre avec l’Autre.

« Non ! » me répond catégoriquement un nombre conséquent, quoique a priori encore minoritaire de maçons du GODF, « l’ouverture de l’initiation aux femmes ne mettrait aucunement en péril le processus maçonnique, bien au contraire, comment voulez-vous qu’une loge soit « juste et parfaite » sans intégrer la moitié de l’humanité », l’autre moitié du ciel pour reprendre la célèbre expression !

Raisonnement qui sonne d’autant plus juste que les femmes vivent déjà le parcours initiatique selon les mêmes rites masculins. Et, confidence pour confidence, deux maçonnes étaient présentes à ma propre cérémonie d’initiation sans que cela ne m’ait nullement troublé (l’une m’avouant même plus tard « être presque plus émue que moi, vivant sa première cérémonie d’initiation masculine en vingt ans de maçonnerie »).

D’autres se font encore plus incisifs encore : « si le GO craint l’initiation des femmes, c’est qu’il n’a plus confiance en sa propre identité ! » La peur que cette évolution entraîne l’hémorragie de membres vers d’autres obédiences non mixtes, voire une scission pure et simple, n’est-il pas le signe d’un délitement de l’identité propre au GO, qui cherche sa place entre la maçonnerie clairement « sociale » qu’incarne le Droit Humain et celle, plus philosophique et apolitique de la Grande Loge (ou d’autres petites obédiences). Principale obédience française, constituée d’une kyrielle de loges aux multiples rites, de maçons aux motivations et aux parcours très différents, le GODF ne tiendrait-il finalement que par cette double ligne : laïcité et masculinité, sceau de son histoire et de sa tradition (face à deux obédiences certes plus modestes en nombre, mais à l’identité aujourd’hui plus affirmée) ? La question est posée, et le débat de l’ouverture aux femmes est peut-être l’occasion de répondre à ce doute certainement plus existentiel.

Car, troisième argument des partisans de l’ouverture aux femmes des loges du GO, c’est précisément ce maillage, fort de 250 ans de présence en France métropolitaine, outre-mer et à l’étranger, qui pourrait être le déclic d’une réelle – et tardive – féminisation de la maçonnerie.

En effet, selon l’expression consacrée, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si dans notre pays les femmes ont pleinement accès à l’initiation maçonnique depuis 1901 et la naissance de l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain (le DH), aujourd’hui leur nombre atteint difficilement les 20 000 membres (principalement au sein du DH et de la GLFF) sur les 140 000 maçons hexagonaux. Moins de 15 %…

Alors même que notre pays vit une réelle « maçonnerie mania » avec un nombre toujours croissant de profanes frappant à la porte du temple, les chiffres de la maçonnerie féminine ne décollent pas, en raison peut-être de la faible visibilité des loges féminines…

L’ouverture aux femmes du GO, avec ses 1 300 loges irriguant l’ensemble du territoire, présent dans chaque ville, presque chaque canton de France, donnerait certainement un réel coup d’accélérateur à l’arrivée des femmes en maçonnerie avec, surtout, l’ouverture vers des femmes issues d’autres horizons que les catégories plutôt urbaines et qualifiées qui prédominent actuellement.

Tradition contre pragmatisme ? Respect de l’essence initiatique contre ouverture à la société ? Je n’arrive moi-même à me décider pour telle ou telle solution.

En conclusion, et pour mettre tout le monde d’accord, je me ferais, l’espace d’un instant, docteur en droit maçonnique en rappelant l’un de ses piliers : la souveraineté des loges.

Permettre à chacune d’entre elles de se décider, en toute liberté de conscience, permettrait certainement de sauvegarder leur égrégore interne tout en s’engageant dans une révolution en douceur dont chacun, finalement, connaît l’épilogue à moyen terme…
La mythologie des puissances de l'ombre 

Alain Duhamel

En période de crise, les théories du complot souterrain, les fantasmes conspirationnistes, la mythologie des puissances obscures et des réseaux secrets qui domineraient le monde fleurissent comme jamais. Les thrillers ésotériques à la Dan Brown, les romans d'action paranoïaques à la Robert Ludlum remportent des triomphes mondiaux. Des bandes dessinées raniment avec succès les légendes templières ou maçonniques. Des séries télévisées captent des audiences gigantesques en jouant des peurs et des boucs émissaires. Internet propage les fables les plus extravagantes mais parfois les plus haineuses pour expliquer les grands malheurs actuels par les pires conjurations de l'ombre : les attentats du 11 septembre seraient ainsi le résultat de machinations ourdies par la CIA et par Israël ! Si le système bancaire et financier vacille, si le chômage augmente violemment, c'est que les maîtres clandestins du monde en ont décidé ainsi ! La crédulité traverse toutes les frontières et franchit toutes les bornes, comme si l'anxiété, la colère et le ressentiment avaient besoin de coupables occultes, de réseaux mystérieux, de fables machiavéliques, voire de contes sataniques.

Ce serait pourtant une illusion de penser qu'il s'agit là d'un phénomène nouveau et d'une pathologie contemporaine. Les mythologies conspirationnistes sont éternelles et se sont toujours épanouies en France, où leurs textes les plus absurdes, les plus redoutables ont reçu le meilleur accueil. Les savantes et insoupçonnables éditions du CNRS publient justement les extraits les plus caractéristiques des écrits les plus fameux exploitant la théorie du complot souterrain (1). Ils ont été sélectionnés, réunis et présentés par Emmanuel Kreis, spécialiste du mythe du complot judéo-maçonnique. Il a choisi de se concentrer sur la période allant des prémices de la révolution de 1789 à la fin du vichysme. On voit ainsi le succès phénoménal que rencontre un faux qui prétend révéler les instructions secrètes envoyées aux Jésuites. Tout s'y trouve déjà, le pseudo-secret, la puissance cachée, l'organisation invisible, l'emprise sur les gens qui comptent le plus. La Compagnie de Jésus, avec son influence, ses méthodes, ses succès et ses entreprises politiques, s'exposait certes à de telles agressions. Les formulations sont cependant si caricaturales que l'énorme écho qu'elles suscitèrent reste troublant. La crédulité, le besoin de croire à des explications cachées de l'Histoire éclatent déjà.

Les théories conspirationnistes s'épanouissent cependant avec la Révolution. On avait accusé le roi et la Cour d'avoir spéculé sur les grains et organisé la famine. A partir de 1789, de part et d'autre, les fantasmes paranoïaques se multiplient. Saint-Just voit partout la main de l'étranger, anglais ou autrichien. Gassicourt fait des descendants imaginaires des templiers les instigateurs secrets de la Révolution. Barruel triomphe en faisant des loges maçonniques le ferment décisif de la révolte. D'autres en cherchent les racines chez les Illuminés de Bavière, chez les magiciens ou même chez les démonolâtres. L'Eglise catholique encourage tout au long du XIXe siècle la diabolisation de la franc-maçonnerie, avec par exemple Mgr de Ségur (fils aîné de la comtesse), qui imagine, au-delà des loges maçonniques, l'existence d'arrière-loges de Carbonari décidées à détruire le catholicisme. Bientôt, avec la montée de l'antisémitisme, c'est la thèse de la conspiration judéo-maçonnique qui fait florès. On relie même templiers, francs-maçons et juifs, estampillés « maîtres secrets du monde ». On multiplie les faux, comme le Discours du rabbin, l'équivalent des libelles d'antan contre les Jésuites. Drumont dénonce « la France juive », d'autres s'en prennent à l'occultisme, au satanisme, au socialisme (naturellement issus du complot judéo-maçonnique). Avec la bataille de la laïcité, le complotisme devient même un sujet de débats houleux au Palais-Bourbon. On y mêle toujours l'argent de l'étranger et, de plus en plus, le « complot socialiste et anarchiste ». Le pire est cependant atteint avec le trop fameux « Protocole des sages de Sion », un faux fabriqué par la police tsariste, diffusé aux Etats-Unis par Henry Ford, qui sera au coeur de la propagande nazie et qui connaît encore aujourd'hui le plus grand succès au Moyen-Orient. De nos jours, les clubs internationaux, les rencontres institutionnelles entre puissants (Trilatérale, Bilderberg), les réseaux de la Nomenklatura prolongent ces thématiques qui ont pour caractéristique de transformer fantasmes et crédulité en succès commerciaux, en vecteurs d'intolérance et en croyances fort peu démocratiques.

1. « Les puissances de l'ombre », textes présentés par Emmanuel Kreis, CNRS Editions, 305 pages, 22 euros.
Mon expérience de franc-maçon 


J’ai appartenu au Grand Orient de France (GODF) pendant un peu moins d’une quinzaine d’années, dans les années 1980 et 1990. J’ai quitté l’obédience car déjà, on pouvait percevoir les déchirements qui s’annonçaient. J’ai toujours quelques contacts avec des « frères », comme on dit en maçonnerie. Et ils me confirment tous que ce qui se passe au GODF depuis quelques années est navrant.

Les francs-maçons peuvent confier leur appartenance. Il n’y a aucune restriction, la franc-maçonnerie s’affirmant comme organisation « discrète » et non pas « secrète ». En revanche, un franc-maçon, actuel ou ancien, n’a pas le droit de révéler le nom d’un autre membre, à moins qu’il ne se soit déclaré lui-même, comme le font les grands maîtres qui doivent nécessairement recevoir les médias.

Une école de pensée ?

Je n’avais aucune idée de la franc-maçonnerie. J’étais directeur d’association dans les Côtes d’Armor, et l’un des administrateurs de l’association, appelons-le Pierre, aujourd’hui décédé, était un homme absolument admirable, un « saint laïque », pourrait-on dire. Il fut de tous les combats, philosophiques, politiques, associatifs... Ancien franc-maçon et ayant gardé des attaches, il me coopta. C’est sur ce Pierre, grand athée et libre-penseur devant l’Eternel, que j’avais bâti mon église franc-maçonne. Lorsqu’on postule pour entrer au GODF, on reçoit trois enquêteurs qui viennent dialoguer avec vous. Ensuite, on doit passer un examen en loge, « sous le bandeau ». On est introduit dans le « temple » les yeux bandés, puis on est soumis aux questions des frères présents : les motivations, des questions philosophiques, religieuses, d’actualité, etc. Ensuite, le postulant est sorti du temple et les frères votent. A l’époque où j’étais FM, la plupart des postulants étaient admis. En plus de dix ans, je ne sais pas si j’ai vu trois refus (on appelle cela « blackboulés » car les frères votent par boules noires (refus) ou blanches (admission), une boule noire valant trois boules blanches. Si j’avais accepté l’offre de Pierre de rentrer au GODF, c’était notamment parce que je considérais la franc-maçonnerie comme une école de pensée, bien différente du monde extérieur (du monde « profane »). En effet, les diverses règles ou rituels qui étaient en vigueur permettaient une meilleure écoute, une expression de la pensée, de plus vastes analyses que, par exemple, la lecture des journaux. Et c’est un journaliste qui parle ! Surtout, la franc-maçonnerie est une école de la tolérance, il ne s’agissait pas de « laisser-faire », mais au contraire, d’un esprit de tolérance venu des Lumières, jaloux de ses convictions. Cela me convenait. Mais il était également évident que d’autres frères étaient entrés pour améliorer leurs affaires, pour se faire des relations, etc. D’autres enfin se sentent comme dans une « autre famille » en franc-maçonnerie, celle qui leur a peut-être manqué.

« Apprenti »

J’ai été franc-maçon d’abord dans les Côtes d’Armor, ensuite dans une loge de la région parisienne. Démolissons quelques clichés. Il est complètement faux de dire que tous les décideurs politiques et autres sont FM. A ma grande surprise, après mon initiation, alors que je découvrais mes nouveaux frères, moi qui travaillais au contact des politiques locaux, j’ai eu la surprise de constater qu’aucun d’eux n’en faisaient partie. Autre erreur, le fait d’associer la franc-maçonnerie à l’anticléricalisme. Ce n’est plus vrai. On peut très bien être FM et être pratiquant chrétien ou musulman, par exemple. Le moment le plus important est sans doute ce que les FM appellent l’initiation. On est introduit dans le temple les yeux bandés, selon les loges ou ateliers, il y a toute une mise en scène, que l’on peut parfois trouver désuète, qui commence par un enfermement dans le « cabinet de réflexion » où, en face d’un crâne, il faut rédiger son « testament philosophique ». A la fin de cette « cérémonie », le bandeau est enfin retiré des yeux et l’on découvre le temple. On y voit des symboles qui, pour une part, font appel à l’histoire de l’archéologie ou de la religion : l’équerre et le compas, un damier, le plafond du temple peint en bleu avec des étoiles, un œil qui figure « le grand architecte de l’univers », qui peut être la science pour les uns, la raison pour d’autres et Dieu pour quelques-uns. Le grade d’apprenti dure un an, en général. Une année durant laquelle on n’a pas le droit de prendre la parole. Une belle épreuve d’humilité pour un « infomaniaque » comme moi ! J’ai ensuite été compagnon, comme le veut le cheminement normal, puis ensuite maître. J’ai exercé quelques responsabilités, notamment celle de secrétaire de ma loge. Un gros boulot lorsqu’il y avait plus de quatre-vingt-dix membres.

Quelle utilité ?

La franc-maçonnerie entretient de nombreux mythes et s’en nourrit. Certains qu’on lui attribue, je les ai évoqués dans les chapitres précédents, d’autres qu’elle s’attribue elle-même. Par exemple, une bonne partie des francs-maçons pensent qu’ils ont une filiation avec les architectes du Moyen Age, certains pensent même avec les templiers. Rien n’est plus faux. Un ancien grand maître, fort connu, Alain Bauer, criminologue, démonte très bien ce mythe. Les francs-maçons n’ont fait que « récupérer » des symboles d’architecture. Ils ne sont en rien les héritiers des maçons des cathédrales, du Moyen Age ou de la Renaissance. Il est à signaler qu’Alain Bauer a publié un ouvrage dont le titre en dit long : Le crépuscule des frères, Editions de la table ronde. Une autre idée répandue est que les frères inspireraient nombre de décisions politiques innovantes, par exemple, l’interruption volontaire de grossesse. Hélas. Les FM ont eu effectivement une influence sous la IIIe République, sans doute aussi un peu sous la IVe et la Ve, mais elle n’est plus que peau de chagrin, inexistante. Nous n’avons pas entendu les frères sur aucun problème de société récent : la précarisation, l’Europe, la sécurité publique ou sociale, le libéralisme, la laïcité mise à mal (alors que l’on fête son 100e anniversaire), on pourrait multiplier les exemples de cette absence à l’infini. Ce n’est pas seulement le GODF qui est en cause, c’est la maçonnerie dans son ensemble, toutes obédiences confondues.

Tous frères, pourvu que ça paie !

J’ai quitté la franc-maçonnerie pour plusieurs raisons. D’abord, les loges d’Ile-de-France ont été au cœur de l’affaire des financements occultes du PS dans les années 1980. L’une des courroies de transmission de la fameuse affaire Urba fut une loge de la région parisienne. Ensuite, dans les loges, il existe la face visible, c’est-à-dire les réunions que l’on tient tous les quinze jours. Mais il existe aussi une face invisible que la plupart des francs-maçons ne connaissent pas. Des « fraternelles » : il s’agit d’associations de francs-maçons d’une même profession ou ayant des intérêts entre eux. Autant dire que lorsqu’il s’agit de faire des affaires, des recrutements, etc., les fraternelles fonctionnent toujours à plein, surtout lorsque ce sont des personnes haut placées et cela, bien qu’elles soient remises en cause régulièrement. J’écrivais plus haut que, découvrant les visages de ma loge, je n’avais vu aucun homme politique ou décideur de ma région. Hélas, les trafics d’influence se font dans un autre lieu que le temple, tout en étant restreints aux seuls francs-maçons. Cette autre déviation s’appelle « les ateliers supérieurs ». Pour ma part, tout en étant parfaitement assidu aux travaux de ma loge, je n’ai jamais eu l’honneur d’y être invité. Mais ce que je sais, c’est que les ateliers dits « supérieurs » sont des repères de corruption, de subordinations d’influences, etc., sous couvert de... l’origine ancestrale de la maçonnerie, c’est-à-dire, des mythes que je décrivais plus haut.

On se bat entre frères !
J’ai beaucoup donné pour la franc-maçonnerie. Je l’ai quittée lorsque ma loge s’est déchirée, entre des anciens qui voulaient garder leurs privilèges et ceux qui voulaient retrouver l’inspiration la plus pure de la philosophie. J’ai contacté, il y a peu un ami, frère que j’estime profondément, un homme droit qui avait voulu reconstruire un nouvel atelier. Quand j’étais « apprenti », il était mon éducateur, celui qu’on appelle « le second surveillant ». Il était si déçu de la franc-maçonnerie que j’en avais les larmes aux yeux. Car depuis deux ou trois ans, les scandales suivent les révélations de malversations financières, notamment par rapport à l’association qui gère les biens et les temples des FM. Dans les années 1980, déjà, mes frères de la province s’étonnaient de la gestion de cette officine. Lors des derniers convents, assemblées des francs-maçons, l’agressivité fut à son comble. Alors qu’en principe un grand maître est élu pour trois ans, les deux derniers furent obligés de plier bagage sous les huées. Et encore, je suis modeste ! Depuis, les membres du Convent se succèdent, du meilleur au pire. Si jamais des frères lisent AgoraVox, voire ses rédacteurs, j’aimerais qu’ils réagissent à cet article. Tout en n’étant plus FM, je me considère toujours proche de cette philosophie, ne serait-ce que pour être fidèle à Pierre. Lui qui me disait : « Tu sais, la franc-maçonnerie n’a rien d’exceptionnel. Il y a simplement moins de cons qu’ailleurs. » Mon pauvre ami Pierre, où que tu sois, j’aimerais que tu les rappelles à l’ordre, tous tes anciens amis du Grand Orient de France : qu’ils soient à nouveau des hommes libres de bonne volonté.
Dans le secret des loges 


Par Nicolas MOSCOVICI

leJDD.fr >> Vendredi soir, Canal+ diffuse Francs-maçons: au coeur de la République, une enquête signée Pascal Catuogno qui plonge dans le monde fermé des "initiés". De loges en loges, le journaliste tente de décrypter les rapports d'influence qu'entretient la franc-maçonnerie avec le monde politique hexagonal. Au-delà des clichés, dont les "frères" sont souvent affublés.

François Stifani, grand maitre de la Grande Loge Nationale Française. (Maxppp)François Stifani, grand maitre de la Grande Loge Nationale Française. (Maxppp)
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La plongée est "impressionnante". "On est en fin de journée ou en début de soirée, et on se retrouve dans le secret, quelque part dans Paris à l'heure où d'autres vont acheter leur baguette de pain. Il y a vraiment deux mondes." Remonté à la surface, Pascal Catuogno raconte au JDD.fr son immersion dans l'univers fantasmé des francs-maçons. Vendredi soir, son enquête (*), à la fois intrigante et fascinante, sera diffusée sur Canal+. Cas exceptionnel, le journaliste a pu faire entrer sa caméra dans le secret des loges. Il en ressort un doc riche en informations sur l'influence des réseaux maçonniques dans les rouages politiques de l'Etat; mais également en sensations, comme en témoigne cet impressionnant raout de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) qui, dans un auditorium de la Défense, tient congrès devant plus de 2 000 "frères".

Entre 120 000 et 140 000 membres

Pour ceux qui en doutent encore, Pascal Catuogno tranche dans le vif: "La franc-maçonnerie n'a rien à voir avec un quelconque phénomène sectaire. J'ai eu l'occasion de travailler sur les sectes, cela n'a rien à voir: on peut quitter la maçonnerie quand on le souhaite et le processus de recrutement se déroule par cooptation (un candidat à une loge doit être parrainé par un 'frère' pour y entrer, ndlr). Mais surtout, il n'y a pas de gourou: les grands maîtres sont régulièrement renouvelés". Et si le journaliste reconnaît que "le secret génère du fantasme", il explique, pour avoir côtoyé les loges des semaines durant, ne pas voir chez "les frangins" (comme ils s'appellent entre eux) "une vraie volonté" de se cacher pour se cacher. "Le secret qu'ils entretiennent est avant tout alchimique. Il agit comme une forme de reconnaissance entre eux, dans le sens où il préserve les rites et le langage propres à chaque loge." En outre, et paradoxalement, ce culte du secret n'empêche pas la communication vers l'extérieur d'un corps social - fort de 120 000 à 140 000 membres - plus hétéroclite qu'il n'y paraît.

Pour preuve, le journaliste laisse longuement la parole à les grands maîtres, notamment ceux des deux plus grandes obédiences maçonniques du pays, le Grand Orient de France et la Grande Loge Nationale Française (GLNF). Face à la caméra, ceux-ci en disent plus sur les objectifs humanistes poursuivis par le mouvement franc-maçon, apparu en France au 18e siècle. S'ils se dédouanent de toute visée politique à proprement parler, ils se délectent en revanche de leur influence sur les grands thèmes de société. "Ils se piquent d'avoir une espèce d'influence sur la société", enchérit Pascal Catuogno, qui, dans son film, s'attarde sur le ballet de politiques - de gauche, comme de droite - venant régulièrement exposer leurs plans ou prendre conseil auprès des francs-maçons.

Depuis des décennies, c'est précisément cette proximité entre les loges et le personnel politique qui nourrit le plus de fantasmes. "Qui en est?", se demande le profane. Pascal Catuogno ne s'aventure pas trop loin sur ce terrain glissant. D'autant que certains ne cachent pas leur fidélité à la franc-maçonnerie. Dernièrement, rappelle le journaliste, Xavier Bertrand, alors ministre des Affaires sociales, avait fait son "coming out" dans les colonnes de L'Express. Reste un cas à part. Maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy apposait au bas de certains de ses courriers, à côté de sa signature, trois petits points formant un triangle, signe de reconnaissance d'un maçon. Le président de la République serait-il un initié? "Non, je ne le crois pas. Je ne le pense pas du tout, même!", assène Pascal Catuogno. Lui y voit davantage un habile moyen de séduction visant à "entretenir le doute". A chacun de se faire son idée...

(*) Francs-maçons: au coeur de la République. Enquête de Pascal Catuogno, 52 minutes. Vendredi 15 mai, 22h10, Canal+.
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Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’un soir un de mes proches amis me demanda, avec un clin d’œil complice, si j’avais déjà entendu parler de la franc-maçonnerie et si, dans l’affirmative, j’avais déjà pensé à y adhérer.

Surprenantes questions, car si la presse nous abreuve régulièrement d’articles sur le sujet, je ne m’y étais intéressé que par simple curiosité sans y apporter un intérêt particulier. Je pensais que la franc-maçonnerie était un milieu très fermé, secret, réservé à une « élite » politico-intellectuelle ou politico-économique. J’étais donc loin de penser qu’un de mes amis viendrait un jour me « solliciter ».

Mais en fin de compte, n’avais-je pas été influencé par ces articles de presse aux titres provocateurs ? La bonne démarche n’était-elle pas de me renseigner correctement sur le sujet en reprenant l’Histoire mais aussi en se posant la question de la motivation qui pousse un individu à demander son adhésion à la franc-maçonnerie.

Qu’est ce que la franc-maçonnerie ?

Le Petit Larousse nous donne la définition suivante : « Association initiatique universelle qui n’est pas secrète mais fermée, fondée sur la fraternité et visant à réunir les hommes par delà leurs différences.... La franc-maçonnerie spéculative (moderne) est apparue en Grande Bretagne au XVIIe siècle, en France au XVIIIe siècle. Elle se veut l’héritière de la franc-maçonnerie opérative, dont les membres étaient bâtisseurs de cathédrales. Par analogie, les francs-maçons spéculatifs travaillent à la construction du « Temple de l’humanité ».

Cette définition me semble très vague et même peut être quelque peu réductrice compte tenu de la « publicité » régulière dont cette association fait constamment l’objet dans la presse française.

En effet, si la franc-maçonnerie n’est qu’une « simple » fraternité d’hommes, elle n’est pas la seule à bénéficier de ces qualificatifs et d’autres associations dans le monde en bénéficient aussi comme l’Ordre Martiniste, la Rose+Croix et autres associations Théosophiques.

Alors d’où vient donc cet intérêt sans cesse croissant pour la franc-maçonnerie ? De son histoire peut être qui semble coller constamment aux grands moments de l’Histoire de France dessinés par de grandes personnalités ayant adhéré à un moment de leur vie à cette association.

Histoire et histoires de la franc-maçonnerie en France

Il est vrai que la franc-maçonnerie s’enorgueillit d’avoir eu parmi ses membres des hommes et des femmes aussi importants que Voltaire (initié à la loge « Les neuf sœurs »), Mozart (initié le 14 décembre 1784 à la loge « Zur Wohltatigkeit » de Vienne), Goethe (initié le 23 juin 1780 à la loge « Amélia » de Weimar), Louise Michel ( initiée en 1903 à la loge « la Philosophie Sociale » et beaucoup plus près de nous, Peter Sellers (initié le 16 juillet 1948 à la loge « Chelsea n° 3098 » de Londres), pour ne citer qu’eux. Mais la franc-maçonnerie ne doit pas être réduite à simple une liste de personnalités.

En effet, la franc-maçonnerie a été « partie prenante » dans plusieurs grands évènements contemporains de l’Histoire de France. On pouvait aisément remonter très loin dans le temps (ne parle t’on pas de la construction du temple de Jérusalem dans certains rituels maçonniques trouvés sur internet ?) mais certains évènements proches de nous restent encore dans nos mémoires.

Nous sommes au printemps 1871. Appuyée sur les milieux ouvriers, « la Commune », gouvernement insurrectionnel, s’est installé à Paris après la levée du siège de la ville par les Prussiens. Le gouvernement de Thiers, fixé provisoirement à Versailles, tente de le renverser. Les massacres sont très importants. Plusieurs tentatives de conciliation eurent lieu dont celle du 22 avril 1871 avec l’appui cette fois de la franc-maçonnerie.

L’ouvrage paru aux Editions Nationales sur la Commune indique : « Les francs-maçons étaient moins optimistes, et, le même jour, ils déclarent à la Commune qu’ils avaient l’intention de planter leurs bannières sur les remparts de Paris et que, si une seule balle les atteignait, ils marcheraient d’un seul élan contre Versailles ». Le 30 avril, le feu avait repris, atteignant ces fameuses bannières. Les francs-maçons fidèles à leur promesse, entrèrent à leur tour, en rébellion contre Versailles, revêtus de leurs insignes et décorations.

Ces francs-maçons du XIXè siècle, en mettant leur « poids » dans la balance ont cru pouvoir forcer le gouvernement de Thiers à négocier, à rechercher des points de convergence et non de divergence, à rassembler ce qui était épars. Tous les ans, une manifestation maçonnique a lieu à Paris au « Mur des Fédérés » en souvenir de ce choix, une tentative de construction du « Temple de l’humanité ».

Nous sommes au tout début du XXe siècle et la fameuse « affaire des fiches », qui fit tomber le gouvernement d’Emile Combes, est loin d’être glorieuse pour la franc-maçonnerie. J’oserai même dire que cet espionnage des officiers de l’armée française pour savoir s’ils étaient catholiques ou athées, demandé par le Général Louis André, franc-maçon anticlérical virulent, est très loin des idéaux maçonniques affichés. Ces fiches furent vendues au Figaro et publiées le 27 octobre 1904. Le scandale qui en découla amena la démission forcée quelques jours plus tard du fameux général.

A la décharge de la franc-maçonnerie, tout était en place pour chauffer les esprits « à blanc ». Il faut en effet, se souvenir qu’à cette époque nous évoluons en plein milieu de la promulgation des textes sur la « Séparation de l’Eglise et de l’Etat », des divagations d’un Léo Taxil dont on ne sait même plus ce qu’il était ou représentait, des journaux satiriques comme l’« assiette au beurre » qui ne faisaient rien pour calmer les esprits, bien au contraire. Mais ceci peut-il faire oublier cela ? Je ne crois pas ! Dans ces conditions quelles peuvent donc être les motivations pour entrer en franc-maçonnerie ?

Pourquoi rentrer en franc-maçonnerie ?

Deux questions nous viennent concomitamment à l’esprit : pourquoi rentrer en franc-maçonnerie et pourquoi moi ?

Si nous reprenons la définition du Petit Larousse, il peut paraitre intéressant à une personne d’entrer dans une association « fraternelle » dont le but est de poursuivre la « construction du Temple de l’Humanité ». En revanche, quelles sont les propositions de la franc-maçonnerie pour mettre en place cette « construction » car même si nous comprenons qu’il s’agit d’une construction symbolique, il faut d’abord se mettre d’accord sur la définition de ce fameux « Temple de l’humanité ». Puis une fois cette définition établie et acceptée, il faut trouver les moyens à mettre en place pour sa construction : moyens physiques, moraux, intellectuels, financiers ? Nous n’en savons absolument rien, c’est le secret maçonnique !

De plus, cette définition n’est elle pas un « trompe l’œil » lorsque nous reprenons tous les évènements historiques cités plus haut car d’un coté on nous montre ce que j’appellerai une « très belle utopie » et de l’autre des faits très loin des idéaux maçonniques affichés allant à l’encontre de la plus élémentaire morale.

Alors ? Faire confiance à la définition du dictionnaire et adhérer à cette association au risque peut être de se « bruler les ailes » surtout que pour simplifier la décision, la franc-maçonnerie compte une bonne dizaine d’« obédiences » différentes qui, pour certaines, ne se reconnaissent pas entre elles, sans parler des fameux « rites » devant représenter la façon de « travailler » des francs-maçons !

La seconde question nous gratte l’esprit : Pourquoi moi ?

Comprenons que le fait que cette question vienne concomitamment à la première ne peut pas être anodin. En effet, aucune personne censée ne peut demander son adhésion dans une quelconque association sans avoir un minimum d’informations sur celle-ci. La seule façon de « forcer » l’adhésion dans ce cas n’est-elle pas de flatter l’égo de la personne en indiquant complaisamment la liste des francs-maçons illustres de notre histoire en se disant que quoiqu’il en soit, « c’est bon pour lui ! ».

Ce comportement irresponsable de certains « parrains » doit-il nous surprendre, la presse à scandales nous montre que non !

En conclusion

Si l’adhésion à une quelconque association est strictement personnelle, elle doit être murement réfléchie surtout lorsqu’il s’agit de la franc-maçonnerie compte tenu de son passé glorieux malgré quelques erreurs, des nombreuses obédiences la composant et surtout des ambitions philosophiques qu’elle affiche ouvertement.

Il est d’ailleurs profondément désolant de lire régulièrement des articles dans la presse « spécialisée » dénonçant des scandales politico-financiers dans lesquels serait mouillée telle ou telle obédience notamment sur la Côte d’Azur.

La « vieille dame » devrait faire un peu plus souvent le ménage dans sa maison si elle veut retrouver un peu de calme et permettre à ses enfants de travailler sereinement à la construction de ce Temple symbolique et peut être un jour.........
Les Francs-maçons gouvernent-ils la France ? 


Les Francs-Maçons constituent-ils un réseau d’influence tel que rien dans ce pays ne se décide sans leur aval ? Oui ! Et non ! C’est la seule conclusion qu’on peut tirer après avoir vu le documentaire de Pascal Catuogno que Canal+ diffuse ce soir.

Sujet en or pour la presse et pour les amateurs paranoïaques d’occultisme, de Dan Brown et autres contempteurs illuminés des illuminati, qui s’intéresse aux Francs-Maçons hormis les Francs-Maçons eux-mêmes et Sophie Coignard ?

Prêter au Francs-maçons plus que ce qu’ils ne peuvent rembourser (mais on ne prête qu’aux riches, n’est-ce pas ?) en dit plus long sur leurs ennemis que sur eux-mêmes. Ces derniers devraient juste méditer que sans les Francs-maçons, figure rêvée - et longtemps persécutée - de l’ennemi intérieur, leurs farouches adversaires n’existeraient pas. Et ce n’est pas juste une figure de rhétorique.

Il faut dire qu’avec leurs rituels désuets, que d’ailleurs Pascal Catuogno a eu l’autorisation de filmer, leur faux-vrai culte du secret (Vous en êtes ? Si je l’étais je ne vous le dirais pas…), ils entretiennent un mystère pourtant éventé depuis bien longtemps.

Alors, certes, « on » dit que Gérard Larcher a été élu au perchoir du Sénat grâce à eux, que Gérard Collomb a accédé à la présidence de la communauté urbaine de Lyon grâce à eux. Dans ce film on ne dit ni ne dédit. On admet, on dément du bout des lèvres, mais on ajoute raisonnablement qu’ils exercent leur influence comme d’autres groupes d’intérêts, de pression. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’autour de ce gâteau qu’on appelle le pouvoir, seuls les maçons banquettent.

Pourquoi d’ailleurs devrions-nous nous opposer à l’existence de tels groupes qui préfèrent pratiquer la réflexion plutôt que lancer des anathèmes ? Rappelons que si Nicolas Sarkozy est revenu un tant soi peu sur le fumeux concept de « laïcité positive », les Francs-maçons n’y étaient sans doute pas pour rien, de même en ce qui concerne la légalisation de l’avortement ou la suppression de la peine de mort, sujets qui mobilisent la société entière.

Des scandales les éclaboussent que Pascal Catuogno ne se garde pas de dénoncer. Il évoque le « dossier corse », ainsi nommé parce qu’en 2000, le grand maître du Grand Orient de France, Simon Giovannaï, aurait prêté une oreille, disons attentive, au nationalistes corses…

Mais, pourra-t-on rétorquer, il est somme toute assez rassurant qu’on connaisse ces affaires dans lesquelles des maçons sont impliqués. Que la lumière soit faite sur tous les scandales de la république, on attend que ça. Mais on n’en est pas là !

Le film de Pascal Catuogno est éclairant. Non pas parce qu’il contient des révélations, mais parce qu’il met en évidence la grande force des « frères » : la mise en scène d’une opacité savamment dosée. Le flou - entretenu par les maçons eux-mêmes - sur leurs activités est leur plus fidèle allié. Et leur meilleur ennemi.

Pour Les RDV de l’Agora, Pascal Catuogno répond aux questions d’Olivier Bailly

Olivier Bailly : Il y a déjà beaucoup de sujets sur les Francs-maçons…
Pascal Catuogno : C’est clair qu’il s’agit d’un marronnier. Dans les hebdomadaires français vous avez régulièrement une ou deux unes sur les Francs-maçons dans l’année. C’est toujours un fantasme qui fait recette. Mais parce qu’on fait beaucoup de sujets sur certains thèmes il ne faudrait plus les traiter ? Je ne crois pas.

OB : Pourquoi chaque année à la même époque ce sujet revient en une. Au lieu de dire que c’est un marronnier, c’est-à-dire un aveu de faiblesse des médias, ne peut-on pas imaginer qu’il s’agit d’une stratégie de communication de la part des Maçons ?
PC : Pour ma part, Je crois qu’ils n’y sont pour rien et que ça vient vraiment des journalistes. C’est un choix éditoriale des news magazine. Tout simplement parce que ça fait du chiffre.

OB : En quoi votre film fait-il la différence ?
PC : J’ai voulu angler le sujet sur la franc-maçonnerie et la politique dans son acception générale. Quelle est l’implication de la maçonnerie dans la vie de la cité. Ça permettait d’avoir un angle beaucoup plus précis et donc m’évitait de retomber dans le piège des éternels marronniers où l’on parle de tout sans jamais parler de rien. Cet angle plus précis m’a permis de mieux cadrer le sujet et d’essayer de faire quelque chose d’un petit peu différent. Je pense qu’on a réussi à le faire.

On s’est attaché à la façon dont les Francs-maçons veulent avoir une implication dans la vie politique et sociale et, en restant sur cet angle bien précis cela nous a permis de sortir quelques petites histoires qui sont emblématiques de la façon dont les francs-maçons travaillent, de leur demander s’ils ont ou non du pouvoir et d’aller un peu plus loin que là où on a été jusqu’à présent. Je pense qu’on a pas trop mal réussi notre coup.

OB : A la fin de votre film on se demande s’ils ont le pouvoir qu’on leur prête ? On a plutôt l’impression qu’il s’agit d’un réseau comme un autre…Pourquoi sont-ils l’objet de tant de fantasmes
PC : Parce que c’est secret. Cultivent-ils le secret parce qu’ils ont quelque chose à cacher ou parce qu’ils n’ont rien à dire et que ça permet de fantasmer autour ? Je pense qu’il y a un peu des deux. Mais il y a cependant un secret intrinsèque c’est celui de l’initiation. Quand ils se retrouvent dans leur temple, c’est un lieu sacré pour eux et ils ont des rites, des façons de communiquer qui leur appartiennent et qu’ils ne veulent pas montrer aux « profanes ».

Mais il est vrai que laisser planer le mystère permet de faire fantasmer, de laisser entretenir le fait qu’il y a un pouvoir. Je pense qu’ils détiennent un pouvoir, mais c’est moins parce qu’ils sont Francs-maçons que parce qu’ils appartiennent à une corporation qui est peut-être plus cimentée par cette connivence du secret.

OB : Font-ils les lois ? On se demande à la fin du film s’ils sont influents. Ils cultivent moins le secret que l’ambiguïté par rapport au secret. Prenons l’exemple de Gérard Larcher que vous citez : on ignore s’il a été élu au perchoir du Sénat grâce, ou non, aux Francs-maçons.
PC : Prenez un homme politique. S’il ne cultive que les Francs-maçons, que l’association des joueurs de football, que les opposants ou les défenseurs de l’avortement, cela ne va pas suffire. A un moment donné il a besoin de prendre un peu partout pour pouvoir agréger autour de lui des personnes qui vont lui permettre d’être élu. Un homme politique comme un autre va tenir compte des Francs-maçons comme il va tenir compte d’un autre groupe de pensée parce qu’à partir du moment où vous avez 140 000 Francs-maçons, c’est un groupe qui compte, donc on l’entretient. C’est toujours pour un homme politique d’avoir un Franc-maçon à côté de lui plutôt que de ne pas en avoir.

OB : En toute logique il faudrait non pas s’intéresser aux Francs-maçons, mais aux groupes vraiment occultes qui n’ont pas pignon sur rue.
PC : Alors il faudrait s’intéresser aux fraternelles. Ce sont des Francs-maçons qui se réunissent par corporation. La fraternelle des boulangers, des sportifs, des parlementaires… Oui, ces groupes peuvent avoir une certaine influence. On en parle moins.

OB : La Franc-maçonnerie : une secte ? Un réseau ? Un lobby ?
PC : Une secte, non, parce qu’il n’y a pas de gourou. C’est plus facile d’en sortir que d’y entrer…

OB : C’est ce que dit Alain Bauer, ex dirigeant du Grand Orient de France !
PC : Et il a raison. Donc une secte, non. Un lobby, cela peut en être un. La grande partie des gens qui rentrent dans la Franc-maçonnerie sont des gens comme vous et moi, « normaux », qui y entrent pour trouver un autre sens à leur vie. C’est souvent ce profil-là. Donc ils se rendent dans leur loge pour parler des questions philosophiques et sociales qui les intéressent. Mais ça n’empêche pas qu’il y a des gens qui y entrent parce qu’ils pensent que cela va leur être utile, qu’ils vont se constituer un carnet d’adresses. S’ils passent par des fraternelles cela peut constituer un lobby, c’est clair.

OB : Le début de votre film montre une cérémonie. C’est inédit ?
PC : De cette façon c’est inédit. Ils ont plusieurs rites : le rite écossais ancien accepté, le rite français, etc. En fonction de chaque rite, chaque fois qu’ils commencent leur tenue, ils la commencent avec un cérémonial. Et c’est la première fois à ma connaissance qu’on le voit.



OB : Vous expliquez que le cheval de bataille des Francs-maçons est la laïcité, mais qu’en même temps ils tiennent la Bible ouverte en permanence.
PC : Dans le film on parle de différentes obédiences et notamment de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) qui demande à ses adhérents de croire obligatoirement en Dieu. Cela n’est pas forcément an adéquation avec la laïcité. On peut très bien croire en Dieu et être pour la laïcité, mais pour les gens qui croient vraiment en Dieu, surtout quand on les oblige à y croire comme c’est le cas pour cette obédience, la laïcité n’est pas le combat principal.

Alors qu’une obédience complètement opposée comme le Grand Orient de France (GOF), beaucoup plus à gauche, ne demande pas la croyance en Dieu, au contraire, ils sont plutôt très laïc. Et ils se battent vraiment pour la laïcité. Donc dans le film lorsque nous parlons de laïcité il s’agit du GOF ainsi que le Droit Humain et la Grande Loge Féminine de France. Dans la GLNF et la Grande Loge de France, toutes deux classées à droite - même si c’est plus compliqué que ça (on peut être de gauche et en faire partie) -, on parlera moins de laïcité et on croira de croire en Dieu.

OB : Quand on dit croire en Dieu, cela signifie être Chrétien ? Les Juifs et les musulmans en sont exclus ?
PC : Non, il suffit de croire en un dieu révélé. Il peut donc y avoir des Juifs et des Musulmans. Dieu, c’est pour eux le grand architecte de l’univers.

OB : Est-ce qu’il y a de l’entrisme de la part de tel ou tel groupe religieux pour s’accaparer le pouvoir au sein de la Franc-maçonnerie et éventuellement influer ?
PC : Je ne pense pas. Il y a eu un problème il y a quelque temps non pas par rapport à des groupes religieux, mais par rapport à des sectes. C’est pourquoi maintenant les Francs-maçons sont très vigilants contre les sectes parce qu’il y a environ une dizaine d’années certaines sectes puissantes ont essayé de faire l’entrisme chez les Francs-maçons. Il y a même eu des alertes à l’époque dans les différentes loges.

OB : Y a-t-il une guerre des obédiences ?
PC : Il y a deux obédiences principales, les sœurs ennemies si j’ose dire, c’est la GLNF, plutôt de droite et déiste, et le GOF, plutôt de gauche et laïc. Ce dernier est le premier en chiffre. Il y a une guerre à ce niveau-là. La GLNF aimerait avoir plus d’adhérents que le GOF, ils aimeraient bien être les plus nombreux tout simplement pour une question de puissance. Mais il y a aussi des obédiences qui font leur petit bonhomme de chemin sans rien demander à personne.

OB : Ce qu’on sait moins c’est qu’il y a de la part de la GNLF une véritable politique de recrutement en direction de l’Afrique
PC : En Afrique la Franc-maçonnerie prend très bien, depuis toujours. Parce qu’il y a une sensibilité maçonnique très en rapport avec la sensibilité africaine, avec certaines croyances. De tous temps les obédiences ont été présentes en Afrique, mais c’est vrai que depuis quelques années la GLNF, plus que les autres, crée un vrai travail en Afrique pour initier les africains et plutôt les Africains haut placés. Donc on trouvera plutôt des ministres, des hauts-fonctionnaires, voire des chefs d’état…

La GLNF se dit la seule obédience régulière en France parce que, pour des raisons historiques, la Franc-maçonnerie vient d’Angleterre, cela remonte à plusieurs siècles, et, sans rentrer dans les détails, l’Angleterre n’a reconnu que la GLNF. A partir de là, cette dernière est la seule à pouvoir créer des obédiences ailleurs. Par exemple quand elle se rend en Afrique, elle y va avec une patente des Anglais, et muni de cette patente elle a le pouvoir non pas de créer des loges, mais des obédiences. Au lieu d’avoir une loge du Congo qui dépendra de la GLNF, on aura une Grande Loge Nationale du Congo, c’est-à-dire une obédience congolaise qui sera la petite fille de la Grande Loge Nationale Française.

Donc la création d’une obédience se fait avec faste, il y a des oripeaux, des dorures, beaucoup d’éléments qui donne l’impression qu’ils ont du pouvoir. Cela fait mousser et ensuite cela fait des liens très forts. Contrairement à d’autres obédiences ou à d’autres loges où l’on n’initie que dans les milieux corporatistes et élitistes en Afrique bien entendu cela crée du pouvoir. Si ce pouvoir est bien copain avec le pouvoir français parce que c’est lui qui a donné la patente cela ne peut favoriser que des liens intéressants et puissants.

OB : Cela joue-t-il sur la politique extérieure de la France ?
PC : On est dans la même considération que ce que je disais tout à l’heure : on a besoin de toutes les forces. On a besoin de manipuler tout le monde. Donc on utilisera le réseau maçonnique comme on utilisera le réseau des catholiques, des protestants, des pétroliers, etc. Il faut jouer sur tous les tableaux. Donc cela peut jouer, mais au même titre qu’un autre réseau. L’erreur consisterait à penser que cela concerne les seuls Francs-maçons.

OB : Où les obédiences trouvent-elles leur argent, en dehors des cotisations ?
PC : Faites le compte et voyez combien il y a d’adhérents par obédiences. A environ 350 ou 400 euros par cotisation cela fait un peu d’argent. Et puis ils ont des magasins, des fondations, de l’immobilier. Les grosses obédiences possèdent des temples un peu partout dans les grandes villes de France ; Ils les mettent à la disposition de petites obédiences qui n’ont pas les moyens d’avoir un potentiel immobilier pour organiser leurs tenues. Donc ces temples sont loués et tout le temps occupés, éventuellement par d’autres obédiences. On peut ajouter les associations parallèles, des dons. Tout cela fait pas mal d’argent.

Francs-Maçons : au cœur de la République, documentaire diffusé sur CANAL+ vendredi 15 mai à 22H10.
Grand Orient Arabe : 60eme anniversaire 


Message de Jean-Marc ARACTINGI, Grand Maître (33°) du Grand Orient Arabe, aux Francs-Maçons des Pays Arabes et Musulmans à l’occasion du 60ème anniversaire de son Obédience.

Mes très chers sœurs et frères,

Tout d’abord, je tiens en cette année 2010, à vous adresser mes meilleurs vœux. Puisse cette année vous apporter, ainsi qu’à tous les vôtres, ces bonheurs et ces joies qui éclairent la vie. Puisse-t-elle aussi être pour le Monde Arabe et Musulman une année de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et de Démocratie qui nous rassemblent.

Implantée dans une région frappée par la guerre et le terrorisme et profondément divisée politiquement et religieusement (Liban, Syrie, Palestine), notre Obédience qui fête cette année 2010 ses 60 ans, a su à travers ses loges (qui rappelons-le constituent un oasis de paix et de tolérance où les hommes de bonne volonté transcendent leur différences), défendre ces principes souvent au péril de la vie de ses membres.

Notre Obédience a été aussi précurseur dans des domaines qui font actuellement débat, aussi bien dans le monde maçonnique que profane, comme l’admission des femmes dans les loges, le dialogue interreligieux, la laïcité…

En effet, alors que nous constatons qu’à ce jour les femmes ne sont pas admises au Grand Orient de France et autres Obédiences, nous avons, au risque d’être considérés comme une Obédience « irrégulière », opté, dès notre fondation en 1950, pour la mixité de nos membres, cela par principe d’Egalité et de Démocratie.

Oecuménique, nous avons appelé depuis notre fondation au dialogue interreligieux. Les trois

grandes religions monothéistes étaient représentées dans nos différentes loges (nos Frères de confession juive, pour des raisons circonstancielles - conflit avec Israël, guerre du Liban…- ont dû finalement émigrer vers d’autres pays).

Je rends ici hommage aux Frères et Sœurs de nos loges au Liban qui durant la guerre civile ont contribué à préserver l’entente Islamo –Chrétienne.

A ce sujet j’aimerais vous faire part d’un mail que j’ai reçu d’un ancien frère de mon Obédience :

« En navigant sur Internet je tombe sur le site du Grand Orient Arabe et trouve le nom de feu Elie Nour qui fut notre GM durant les années 1976/1977 à Beyrouth (Achrafieh/Fassouh). La guerre et les événements nous ont éloigné et nous avons du prendre le chemin de l'immigration au Canada ou nous sommes établis depuis. Feu Elie était pour nous une lumière dans le sens que l'idée du rapprochement Musulman/Chrétien était à l'époque non seulement saugrenue mais je dirais aberrante compte tenu de la situation dramatique qui existait. Je le regardai parler de la fraternité qui devait exister entre les Musulmans/Chrétiens et il en était tellement convaincu qu'il finissait par convaincre les autres frères réticents (et pour cause..).
Depuis 1977/1978 je n'ai plus eu de ses nouvelles et c'est sur votre site que j'apprends qu'il a passé à l'Orient Eternel, que son âme repose en paix, et je peux dire que s'il y avait un peu plus de Elie Nour au Liban on aurait épargné toutes les atrocités commises durant 30 ans.
Je suis profondément content de savoir que tu continues à tenir la chandelle…. ».

Par ailleurs, nous avons été à l’avant-garde du combat mené au Liban pour l’établissement du mariage civil, et il est impératif pour nous de poursuivre ce combat jusqu’à son aboutissement.

Dans le même esprit nous réclamons la laïcité des Etats auxquels nous appartenons. Ceci n’est pas en contradiction, comme certains qui confondent laïcité à athéisme pourraient le croire, avec nos valeurs religieuses (Notre Obédience est connue aussi sous la dénomination « Obédience Chrétienne-Musulmane »).

On peut être croyant et pratiquant et se réclamer d’un Etat laïque ou chaque religion a sa place dans la société, sans pour autant que cette dernière interfère dans les affaires de l’Etat (exemple la France). Ceci évitera les différentes guerres de religions auxquelles nous assistons périodiquement dans notre région.

On nous taxe souvent de nous mêler de la politique de nos Etats respectifs, alors que dans nos loges il est strictement interdit de parler de religions et de politique.

Ceci n’est pas incompatible, puisqu’en qu’en dehors de nos loges, rien ne s’oppose à ce qu’on fasse de la politique, bien au contraire. Qui mieux qu’une loge maçonnique peut former les meilleurs Politiques ?

En effet, je crois que la Franc-Maçonnerie en est la meilleure Ecole.

Pour nous, initiés, le fait de respecter le point de vue des autres, de les écouter en silence, de ne pas prétendre qu’on détient la seule vérité, nous amène dans les réunions politiques à garder une attitude digne, à parler sans hostilité et sans rancune à nos contradicteurs.

Notre région souffre de manque de Justice, de Liberté, d’Egalité, de Démocratie, des Droits de la femme…. et la liste est longue.

C’est pourquoi, j’estime qu’il faut replacer la franc-maçonnerie au Moyen-Orient et au Maghreb dans sa lutte pour les idéaux que nous défendons, comme l’ont fait nos anciens Frères au temps de la « Nahda », ce mouvement de Renaissance des Pays Arabes et des luttes d’Indépendance.

Il s’agit pour nous d’éviter de s’accoutumer au rôle uniquement social ou caritatif où certains dirigeants et autres voudraient nous cantonner.

Afin de mener à bien ces différents objectifs, il serait temps de faire le grand nettoyage des Obédiences et Loges, déjà entamé au Liban par certains de nos anciens Frères, en fusionnant et en rajeunissant nos membres. Notre Obédience par exemple est en majorité composée de sexagénaires et le nombre d’Obédiences et de Loges au Liban est impressionnant (on compte actuellement 2500 Francs Maçons libanais appartenant à plus de 250 loges).

De plus pour être crédible, il faut aussi que l’admission à l’initiation soit très stricte, retrouvant ses principes d’origines, refusant tout clientélisme et affairisme, tels qu’ils se pratiquent couramment aujourd’hui dans plusieurs de nos Obédiences et Loges.

Aux Frères et Sœurs des autres Pays Arabes et Musulmans qui subissent l’intégrisme musulman et à qui on interdit d’avoir des loges dans leurs pays respectifs, alors qu’il y a peu de temps, avant la création de l’Etat d’Israël, ils constituaient les élites et les équipes dirigeantes, ils ne doivent pas perdre espoir.

En effet, nous voyons se constituer des groupes d’émigrés originaires de ces pays, qui se manifestent sur Facebook et autres lieux de rencontres, appelant au réallumage d’anciennes loges ou à l’ouverture de nouvelles, même si dans un premier temps, elles restent discrètes et secrètes.

Je ne peux que les encourager et c’est en partie pour cela que j’ai créé, en Février 2009, le site d’Etude et de Recherche sur le Monde Maçonnique Arabe et Musulman du Grand Orient Arabe : le http://www.grandorientarabe.org , qui se veut être la vitrine de cette franc-maçonnerie.

Ce site connaît un succès indéniable, puisque le nombre d’internautes qui sont connectés quotidiennement et de fans sur Facebook est en constante progression (plus de 60.000 internautes en un an et plus de 700 fans sur Facebook).

Ces chiffres ne peuvent que me réconforter dans la poursuite de cet objectif.

A Paris en Novembre 2010, pour les 60 ans de notre Obédience, j’appelle à l’organisation d’un colloque qui regrouperait les Obédiences et les Loges des Pays Arabes et Musulmans et autres « Frères », afin de faire le point sur la franc-maçonnerie dans cette région du monde.

J’aurais besoin pour cela de vos idées que vous pouvez me donner en écrivant à : info@grandorientarabe.org

Enfin mes vœux vont à mes Frères Palestiniens qui dans leurs différentes loges travaillent inlassablement depuis des années pour qu’un accord de paix équitable avec les Israéliens, basé sur les principes que nous défendons, voie le jour. Nous sommes à leur disposition pour les aider dans cet objectif.

Incha’Allah que l’An 2010 soit l’Année de la Paix et de la Fraternité entre les peuples de cette terre, berceau du Judaïsme, du Christianisme et de l’Islam.
Le n°3 de FRANC-MAÇONNERIE Magazine vient de sortir 


Nous vous prions de retrouver ci dessous le sommaire :

- Ces dictateurs qui ont piégé la franc-maçonnerie, regard sur l’Afrique
- La colère des frères de la GLNF
- Les francs-maçons dans la Résistance
- Inauguration du Musée de la franc-maçonnerie : entretien avec Ludovic Marcos, conservateur du Musée
- Espace public et expression des libertés : le Droit Humain en première ligne
- Burqa, un rapport très attendu
- Tolérance et liberté : l'une des clefs écossaises
- De l’incompatibilité à être franc-maçon
- La Franc-maçonnerie Latino-américaine
- Et bien d’autres articles à découvrir…

Bonne lecture.

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